AGAPES FRANCOPHONES 2024
TAIBÉ Marcel et SAMEDI Koye _____________________________________________________________ 78 des récits fictifs dont la teneur prône l’ouverture à d’autres cultures du monde plutôt que de paraître obsolète dans les vieux manteaux de la Négritude. Le roman Black Bazar 1 qui nous sert de corpus, s’inscrit dans l’illustration et la défense des valeurs universelles. Dans cet univers fictif, les personnages qui sont des immigrés africains prennent une certaine distance critique envers l’africanité et optent pour une identité transculturelle. La rencontre avec l’Altérité leur fait prendre conscience quant à l’urgence de l’ouverture aux multiples valeurs culturelles d’horizons divers. C’est ce qui explique leur tendance à remettre en question les valeurs africaines sur leur terre d’accueil. I. Africanité, une valeur périmée chez les écrivains contemporains Chez les écrivains contemporains de la diaspora, sortir de l’africanité tant glorifiée par les tenants de la Négritude, est un défi qui s’impose urgemment sous peine de risquer de sombrer dans le repli identitaire et de subir les étiquettes discriminatoires qui entourent le terme « écrivain francophone ». C’est ce qui ressort de l’ouvrage collectif Pour une littérature monde en français dirigé par Michel Le Bris et Jean Rouaud regroupant les contributions de divers auteurs d’expression françaises 2 . Alain Mabanckou qui se considère comme un « oiseau migrateur » (2011) prend également de la distance critique avec l’africanité. C’est ce qui explique la virulente critique de l’Afrique par nombre de ses personnages immigrés. Dans leur démarche critique, les personnages se proposent de faire une relecture critique de l’histoire de l’Afrique, de critiquer certains aspects des cultures africaines et de faire tomber les frontières nationales. I.1. Remise en question de l’histoire de l’Afrique D’emblée, l’histoire de l’Afrique qui enseignait longtemps que le malheur de l’Afrique vient de sa rencontre avec l’Occident, mérite d’être corrigée urgemment sous peine de noyer davantage la postérité. C’est ce qui ressort de la relecture critique de l’opinion générale, faite par le personnage Hippocrate mis en scène par Mabanckou. Les enfants de la postcolonie se rendent compte que les Africains ont effectivement contribué à la vente de leurs frères aux occidentaux. C’est dans ce sens que le romancier franco-congolais change manifestement de position lorsqu’il s’agit de porter un regard sur le continent africain. Le discours d’Hippocrate sur la colonisation lève un pan de voile sur la 1 Alain Mabanckou, Black Bazar, Paris, Seuil, 2009. Dorénavant désigné à l’aide du sigle (BB), suivi du numéro de la page. 2 Les études regroupées dans cet ouvrage collectif sont signées par : Eva Almassy, Tahar Ben Jelloun, Maryse Condé, Dai Sijie, Ananda Devi, Chahdortt Djavann, Édouard Glissant, Jacques Godbout, Nancy Huston, Fabienne Kanor, Dany Laferrière, Michel Layaz, Michel Le Bris, Alain Mabanckou, Anna Moï, Wajdi Mouawad, Nimrod, Esther Orner, Grégoire Polet, Raharimanana, Patrick Raynal, Jean Rouaud, Boualem Sansal, Brina Svit, Lyonel Trouillot, Gary Victor et Abdourahman A. Waberi. 78
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