AGAPES FRANCOPHONES 2024
Sortir de l’africanité, un défi pour la littérature francophone africaine. Le cas d’Alain Mabanckou _____________________________________________________________ 81 d’échange culturel. C’est à juste titre que le roman Black Bazar est une matérialisation de l’esprit nomade qui anime les immigrés africains. Conscients des exigences de leur monde invitant continuellement l’individu à un dépassement de soi et à une remise en question de l’identité première, plusieurs personnages romanesques de Mabanckou sont de véritables nomades appelés à se construire une nouvelle identité en se confrontant à l’Altérité. Les personnages voyageurs, esprits nomades courent incessamment le monde, s’accommodent de tous les pays et s’affirment comme des citoyens du monde. La ville de Paris qui est représentée dans le roman Black Bazar est un espace de rencontres et de brassage culturel. C’est dans les bars tenus par les Africains que l’immigration se matérialise fortement. C’est dans ce sens que le narrateur, fidèle client du bar nommé JiP’s passe en revue les immigrés qui y viennent consommer : J’ai vu Couleur d’origine pour la première fois en face de JiP’s. […] La plupart de mes potes étaient là. […] Il y avait Roger Le Franco-Ivoirien, lui qui prétend qu’il a lu tous les livres du monde. Il y avait Yves « L’Ivoirien tout court », lui qui clame haut et fort qu’il est venu en France pour faire payer aux Français la dette coloniale. […] Il y avait Vladimier le Camerounais qui fume les cigares les plus longs de France et de Navarre. Il y avait Paul du grand […]. Je revois Pierrot Le Blanc du petit Congo, lui qui s’autoproclame « le spécialiste du Verbe. » (BB, 67) La confrontation à l’Altérité s’effectue quotidiennement et constitue le point d’établissement de lien d’amitié entre ces personnages nomades. Brisant les différences culturelles, les personnages se livrent à des échanges culturels fructueux. Loin de leurs racines, ils optent pour le métissage culturel. Il reste que Mabanckou défend à travers la mobilité de ses personnages principaux le dépassement de l’identité de base. Par conséquent, l’auteur de Black Bazar souscrit à la vision de Homi K. Bhabha (1994) pour qui la vertu du postcolonialisme est de favoriser l’hybridité culturelle. Le dialogue entre les cultures de divers horizons devient un impératif pour un monde plus tolérant. L’immigration se charge alors de faire voler en éclat des valeurs et des schémas de pensée hérités du lieu d’origine. C’est dans ce sens que les valeurs culturelles et les formes de mentalités reconnaissables aux personnages africains sont remises en question. Par ailleurs, Mabanckou illustre et défend le statut de citoyen du monde en ce monde de globalisation. II. Quête de l’universel par Alain Mabanckou La littérature francophone africaine s’inscrit dans un nouveau dynamisme qui fait de la quête de l’universel un défi permanent. Chez Mabanckou, la littérature-monde en français est un vaste champ de conquête des valeurs universelles pour l’écrivain francophone qui se doit de construire une identité transculturelle. 81
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