AGAPES FRANCOPHONES 2024
Révolte et résilience dans Coups de pilon de David Diop _____________________________________________________________ 89 typographique et la célérité du rythme du discours. Deuxièmement, les raisons qui fondent la révolte du poète seront exposées et analysées. Et, troisièmement, l’appel à l’espérance et à la résilience lancé nous intéressera à travers la symbolique de la lumière qui le traduit. I. Une poétique de la révolte La poésie de David Diop invite, avant tout, à une prise de conscience. Celle-ci se laisse découvrir à travers un bouleversement des normes établies de manière injuste, illégale et discriminatoire. En effet, l’exploitation des peuples africains, l’aliénation dont ils sont victimes incitent les intellectuels négro-africains à œuvrer pour un nouvel ordre. Cette révolution nègre touche tous les facteurs idéologiques du colon, allant de son système d’écriture à son système politique. Le recueil Coups de pilon , publié en 1973, est perçu, très tôt, comme une poésie engagée qui permet au poète négritudien de communiquer des convictions, de susciter le désir de révolte, grâce à la force de ses images, au rythme et à la musicalité des vers. Ainsi, du point de vue formel, la poésie de David Diop s’inscrit dans la dynamique d’une poétique tragique définie par la rupture de la structure poétique et la célérité du rythme. I.1. La rupture de la structure poétique La colère de David Diop rejaillit sur le style de son écriture. Ce poète révolutionnaire se crée un univers poétique empreint d’agressivité, de violence, de tragédie. Cette violence reconnue dans sa poésie est, d’emblée, marquée par l’infraction des canons esthétiques de la versification française classique : non-respect de l’alexandrin, boycottage de la tradition métrique, absence de strophe, etc . En effet, Diop adopte une typographie en rupture avec la forme des poèmes de la période classique française dont Nicolas Boileau s’est fait l’un des régisseurs. Le vers se débride pour épouser les émotions du poète face à la souffrance dont est victime son peuple sous la férule des oppresseurs. Ce style d’écriture, même s’il intègre la nouvelle poétique de la poésie française tel qu’observé par Peyroulet (2013), demeure un écart aux normes fondamentale du genre, un contremarquage. En clair, la poésie de David Diop, à l’image du Surréalisme, s’est démarquée, par sa forme, de la versification française ; ce qui, au demeurant, participe de sa révolte. En effet, selon les Surréalistes, les règles de la versification embrigadent l’inspiration poétique qui se veut brute. Pour eux, la poésie est un écrit automatique, c’est-à-dire, un écrit spontané qui émane de l’univers onirique de son auteur et qui est une pure crachée de l’inconscient collectif. André Breton, chef de file du Surréalisme, dira, à ce sujet : Les procédés logiques, de nos jours, ne s’appliquent plus qu’à la résolution des problèmes d’intérêt secondaire. Le rationalisme absolu, qui reste de mode, ne permet de considérer que des faits relevant étroitement de notre expérience. Les fins logiques, par contre, nous échappent […] sous couleur de civilisation, sous prétexte de progrès, on 89
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