AGAPES FRANCOPHONES 2024

Douadélet Camus MECASSON _____________________________________________________________ 90 est parvenu à bannir de l’esprit tout ce qui peut se taxer, à tort ou à raison, de superstition, de chimère ; à proscrire tout mode de recherche de la vérité qui n’est pas conforme à l’usage. (Breton 1965, 18-19) Face au constat de la faillite de la raison et de la logique qui en découle, « Le Surréaliste plonge dans son inconscient pour retrouver ses désirs et ses instincts » (Mézu 1968, 53). Coups de pilon , par évidence, s’est apparentée au Surréalisme avec son corollaire de libre-inspiration et d’écriture anticonformiste. Il ne pouvait en être autrement puisque le sénégalais David Diop, à l’instar de tous les poètes négro-africains, est un être surchargé par plusieurs siècles d’esclavage et de colonisation. La poésie, pour lui, se veut le moyen d’extériorisation de ce cumul de torts endurés, comme le déclarait Aimé Césaire : Tous les rêves, tous les désirs, toutes les rancœurs accumulées, toutes les expériences informulées pendant un siècle de domination coloniale, tout cela avait besoin de sortir ; et quand cela sort et que cela s’exprime et que cela gicle, charriant indistinctement l’individuel et le collectif, le conscient et l’inconscient, le vécu et le pathétique, cela s’appelle la poésie. (Nkashama 1979, 13) Le choix esthétique du poète est donc la conséquence du désir de liberté et de libération qu’éprouve le Nègre. Outre la rupture des formes poétiques classiques, le caractère tragique de l’écriture poétique négritudienne se perçoit dans l’association des mots. Dans Coups de pilon , l’on découvre un bouleversement des codes du langage ordinaire. Cette perception, loin de s’apparenter à une incongruité sémantique, constitue, en réalité, un des traits distinctifs de l’écriture poétique ainsi que l’attestent les propos de Toh-Bi : Les usagers ordinaires de la langue se laissent volontiers à la discipline de la langue fixée par la logique et ses normes de fonctionnement. Les poètes, en revanche, s’y montrent rebelles. De là vient que toute œuvre poétique véritable est subversion en tant que système normalisé, hymne à la liberté. Le mot, arme du poète, ne peut évidemment que servir la cause de cette quête libertaire qui commence par sa propre libération et qui est un processus tumultueux. (2010, 11) Ce phénomène de délexicalisation sémantique qui est l’essence même de la poésie se trouve renforcé par les artistes négritudiens pour marquer l’ampleur de leur révolution. Cette forme d’écriture tragique, établie, représente, pour Jean-Paul Sartre (1972), comme une contre- attaque aux exactions du système colonial. Selon lui, à la ruse du colon, les poètes négritudiens « répondent par une ruse inverse et semblable : puisque l’oppresseur est présent jusque dans la langue qu’ils parlent, ils parleront cette langue pour la détruire. » (Sartre 1972, XX). Ainsi, Sartre perçoit dans le style nègre une déconstruction idéologique de la langue 90

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