AGAPES FRANCOPHONES 2024
Douadélet Camus MECASSON _____________________________________________________________ 92 I.2. La célérité du rythme, expression poétique de la colère Dans un texte poétique, le rythme est la manière dont les mots et les syllabes s’enchainent. Il est créé par les accents, les pauses, les coupes et les mesures. De ce fait, le rythme contribue, avec les sonorités, à la musicalité du poème. Le rythme est ainsi consubstantiel au Négro- africain ; il est indissociable de toute activité qu’il pratique : la danse et le labour, la chanson-parole et même le silence. Le rythme, chez le négro- africain, c’est le choc vibratoire, la force qui, à travers les sens, le saisit à la racine de l’être. Selon Pascal Fobah Éblin, « Le rythme se définit, dans un contexte africain, comme le mouvement de la parole qui organise la distribution du sens dans le discours littéraire et dans la conversation juridique » (2012, 203). De la sorte, la poésie de David Diop est particulièrement rythmée, à la manière négro-africaine. Le rythme, dans Coups de pilon, se caractérise par une célérité impressionnante qui laisse entrevoir la fureur, la colère, la rage du poète. Il ne peut en être autrement puisque la poésie de Diop est non seulement une expression de la colère et de la révolte mais aussi, une thérapie sociale et socialisante. Le texte poétique intègre, dans son environnement, des jeux d’écriture qui tendent à décrire l’émotion du locuteur. À cet effet, certaines figures de construction jouent un rôle essentiel. Il s’agit, comme l’indiquent Jean Molino et Joëlle Gardes-Tamine de « l’accumulation au contact appelée énumération » (1992, 199). Avec la poésie moderne, poursuivent-ils, apparaît une énumération chaotique, énumération asyndétique qui fait se succéder les mots ou les expressions les plus divers. Chez David Diop, le lecteur sera très tôt interpelé par la célérité qui se dégage des vers musicaux et des effets rythmiques et sonores. Dans Coups de pilon , en effet, le rythme parle à nos sens par la répétition de certaines sonorités ou par l’intensité de la voix sur certains mots. Ces vers du poème « Afrique » marqués par les figures rythmiques de l’anaphore et l’anadiplose, en témoignent : Afrique mon Afrique Afrique des fiers guerriers dans les savanes ancestrales Afrique que chante ma grand-mère au bord de son fleuve lointain Je ne t’ai jamais connue Mais mon regard est plein de ton sang Ton beau sang noir à travers les champs répandu Le sang de ta sueur La sueur de ton travail Le travail de l’esclavage L’esclavage de tes enfants Afrique dis-moi Afrique … (Diop 1973, 23) L’émotion est grande devant ce célèbre poème avec lequel le poète, dans un discours allégorique, dresse le portrait d’une Afrique humiliée. Il en découle également l’éclat d’une poésie lyrique qui marque le culte 92
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