AGAPES FRANCOPHONES 2024

Douadélet Camus MECASSON _____________________________________________________________ 96 Ce dos tremblant à zébrures rouges Qui dit oui au fouet sur les routes de midi […] (Diop 1973, 23) Dans l’extrait, le poète expose la dialectique de servitude entre Blanc et le Noir. À travers le champ lexical de la maltraitance porté par les termes « sang », « sueur », « travail », « esclavage », « se courbe », « se couche », « tremblant », « zébrures rouges », « fouet », « routes de midi », l’on ressent tragiquement les scènes de la traite négrière. Ce champ lexical insinue, par son contenu, une image tragique ancienne qui n’est autre que la traite négrière qui a profondément marqué la conscience noire. Par ailleurs, les cinq derniers vers de l’extrait affichent la colère du poète contre ses frères africains. Tout en condamnant leurs actes de lâcheté, il leur reproche leur tendance spontanée à se résigner face à l’ennemi sans manifester aucun signe de révolte. En outre, concernant l’exploitation économique, Diop révèle les ruses des colonisateurs. Comme bouclier du peuple noir, ses hurlements défensifs ne sont pas loin d’une stigmatisation du mépris occidental. Il désigne les ennemis oppresseurs par un syntagme à connotation dysphorique et dépréciative, à savoir « Les vautours », titre de son 2 e poème où on relève l’extrait suivant : En ce temps-là À coups de gueule de civilisation À coups d’eau bénite sur les fronts domestiqués Les vautours construisaient à l’ombre de leurs serres Le sanglant monument de l’ère tutélaire En ce temps-là Les rires agonisaient dans l’enfer métallique des routes Et le rythme monotone des Pater-Noster Couvrait les hurlements des plantations à profit O le souvenir acide des baisers arrachés Les promesses mutilées au choc des mitrailleuses… (Diop 1973, 9) Ce texte fait état des deux moyens d’action usités par le colon Blanc pour soumettre l’Africain, en l’occurrence la religion, d’abord, et la force, ensuite. Au compte de la force, le champ lexical de la violence abonde dans ce passage : « les vautours », « coups de gueule de civilisation », « leurs serres », « sanglant monument », « enfer métallique des routes », « les rires agonisaient », « les hurlements », « baisers arrachés », « choc des mitrailleuses ». Ici, la métaphorisation des colons par « vautours » est tout un enseignement contextuel qui inscrit, dès lors, l’idée de violence, d’exploitation, d’agressivité. Le sens dénoté du vocable « vautour » renvoie à un oiseau rapace de grande taille, aux vastes ailes, au bec crochu et dont la tête et le cou sont dénudés. « Vautour » connote une affectivité dysphorique avec tout ce que cela suppose comme lâcheté, dégout, laideur, puanteur, gourmandise, égoïsme, avidité. « Vautours », en tant que métaphorisant des colons, désigne, ici, des personnes avides, rapaces 96

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