AGAPES FRANCOPHONES 2025
Paraskevi NASTOU 93 « […] relation de coprésence entre deux ou plusieurs textes, c’est -à- dire, eidétiquement et le plus souvent, […] présence effective d’un texte dans un autre. » (Genette 1982, 8). Dans ce cadre théorique, l’intertextualité englobe tant les formes de « coprésence » citées par Gérard Genette (citation, plagiat, allusion) que la référence, ajoutée à ce triptyque par Annick Bouillaguet (1989, 495). Au-delà des marques d’intertextualité identifiées suivant cette approche – c’est -à-dire des rapports explicites ou du moins aisément reconnaissables – , l’abondance des convergences structurelles entre les univers concentrationnaires étudiés et l’enfer imaginé par Dante est telle que son Enfer accède au rang d’ intertexte implicite , terme qui, selon Michael Riffaterre (1983, 238), trouve aussi à s’appliquer « à un intertexte simplement impliqué par le texte et qui reste introuvable ; on ne pourrait le trouver que dans la psyché de l’auteur, laquelle nous demeure à jamais inaccessible. ». Cela nous amène aux théories de la réception selon lesquelles le phénomène intertextuel suppose un lecteur apte à reconnaître l’intertext e 40 , donc possédant certaines « données de compétence encyclopédique » (Eco 1985, 19) rendant possible cette reconnaissance. En même temps, notre lecture conforte l’idée, présente aussi chez Riffaterre, d’une prévalence de la lettre du text e 41 , vu que les rapprochements avec l’ Enfer ont été suggérés par des éléments inscrits dans le corpus étudié : comment nier que « l’association d’idées qui mène à une lecture intertextuelle doit avoir un point de départ, un appui dans le texte » (Martel 2005, 97) ? À cet égard, Delbo occupe une place à part parmi les auteurs témoins précités : en plus d’être diffuse – en l’absence de tout emprunt ou de toute mention explicite de Dante –, l’intertextualité dantesque, 40 En plus de théoriser l’« évidence » que « [p]our exister l’intertextualité a besoin d’être reconnue comme telle par un lecteur, voire un interprète » (Sophie Rabau, L’intertextualité , Paris, Flammarion (« Corpus »), 2020 [2002], p. 161), Riffaterre établit une distinction entre l’ intertextualité et l’ intertexte : « L’intertextualité est la perception, par le lecteur, de rapports entre une œuvre et d’autres, qui l’ont précédée ou suivie. Ces autres œuvres constituent l’intertexte de la première. » (Michael Riffaterre, « La trace de l’intertexte » in La Pensée , n° 215, octobre 1980, p. 4) 41 Riffaterre souligne les faiblesses des approches privilégiant à l’excès la volonté du lecteur : « Ainsi compris, l’intertexte varie selon le lecteur : les passages que celui- ci réunit dans sa mémoire, les rapprochements qu’il fait, lui sont dictés par l’accident d’une culture plus ou moins profonde plutôt que par la lettre du texte. Je crois au contraire que [l’]intertexte, quelle que soit son étendue pour un lecteur donné, a des éléments constants, entièrement réglés par des impératifs textuels. » (1980 5)
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