AGAPES FRANCOPHONES 2025
Paraskevi NASTOU 95 l’extérieur du camp, quelques quinze mille femmes « statufiées par le froid » ( A 58) reçurent l’ordre de rentrer en courant sous une pluie de sévices hallucinants : « […] tout ce que le camp comptait de SS en jupes, de prisonnières à brassards ou à blouses de toutes les couleurs et de tous grades, tout cela était armé de cannes, de bâtons, de lanières, de ceinturons de nerfs de bœufs et battait comme au fléau tout ce qui passait […]. Et les furies vociféraient : […] Je sors de l’hallucination d’où surgissaient […] les têtes de furies congestionnées […]. » ( A 60-61). Puis, vers la fin d’ Aucun de nous ne reviendra , au fil des pages du fragment « Dimanche », qui décrit une autre « course hallucinée », nous ne relevons pas moins de cinq occurrences du mot « furies » : « C’est là où les furies sont le plus serré. » ( A 143). « Si une furie le voit, elle nous assomme. […] Les furies crient plus fort […]. » ( A 144). « Les furies les sortent du rang et les traînent à la porte du 25 […]. » ( A 146). « Quand Taube a sifflé, quand les furies ont crié : “Au block ! ˮ […]. » ( A 148). Entre ces deux endroits du premier tome, la même référence mythologique figure dans la description de la fureur qui s’abat sur les déportées labourant à la bêche les marais d’Auschwitz : « […] les coups de bâton sur la nuque, les coups de badine sur les tempes, les coups de lanière sur les reins. […] Elles sont trois furies qui vont et reviennent et frappent tout sur leur passage […]. » ( A 77). Cet extrait fait écho à la croyance que les Furies sont trois en nombre, que l’on lit dans l’ Oreste d’Euripide, qu and Apollon enjoint au matricide de se rendre à Athènes pour « [rendre] raison du meurtre de [sa mère] aux trois Érinyes » (Euripide 177), ainsi que dans les Métamorphoses d’Ovide (149), quand Junon, décidée à punir Athamas et Ino de leur impiété à son égard, descend aux Enfers pour solliciter les Furies : « […] Cerbère lève sa triple tête et pousse à la fois trois aboiements. Elle [Junon] appelle les sœurs nées de la Nuit, divinités terribles, implacables. ». Les Furies sont également trois dans l’ Enfer , où on les voit tentant d’empêcher le poète florentin et son guide, Virgile, de franchir le seuil du bas Enfer : rédigé à partir des archives du camp, il donne la date du 7 février. » (Gelly et Gradvohl 127)
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