AGAPES FRANCOPHONES 2025

Georges Perec : un écrivain à la recherche de ses racines 106 Et en 1992, dans ces quartiers classés « îlots insalubres » en 1963, rasés en 1980, il tournera un film avec son ami cinéaste Robert Bober « En remontant la rue Vilin » pour tenter de l’immortaliser, comme l’ont fait par leurs photographies Robert Doisneau et Willy Ronis, ou Marcel Carné et Jacques Becker dans leurs films. Notons aussi dès maintenant l’unique souvenir familial de la toute petite enfance de Georges Perec, souvenir heureux lié à celui de toute la famille rassemblée, qui s’extasie devant l’enfant qui, à trois ans à peine, identifie une lettre de l’alphabet hébreu. C’est là que naît sa géographie personnelle caractérisée par les signes, les lettres. Il assimile ce moment à sa naissance, c’est pourquoi ce souvenir évoque pour lui la scène de La présentation au temple ou Jésus face aux docteurs de Rembrandt ( W ou l e souvenir d’enfanc e 48 , 1975, 26, 28). Georges Perec est né avec les lettres, fut bercé par la langue française et revendiquera toute sa vie le titre d’« hommes de lettres » au sens propre du terme. C’est aussi une lettre, le X d’un chevalet formé de croix de Saint- André d’un m enuisier de Villard de Lans, qui fascinera l’enfant et qui, par tout un jeu de métamorphoses, deviendra pour lui, une croix gammée, une étoile juive, un W… L’imaginaire est en route. 2. Une enfance fracassée par la Grande Histoire Son père meurt au champ d’honneur le jour de son arrivée sur le front. Perec souligne l’absurdité de cette mort. Pour lui, son père est et restera définitivement un soldat : l’enfant restera obsédé par les soldats de plomb, qu’il achètera compulsivement, c ollectionnera et qui alimenteront ses fantasmes. Sa mère se retrouve donc veuve avec un enfant. Quand les mesures antisémites s’accélèrent (interdiction d’exercer certaines professions, obligation de se déclarer, perte de la nationalité française et surtout le marquage infâme de l’étoile jaune), la famil le Bienenfield quitte la capitale pour le Vercors, à Villard de Lans « cet îlot du salut ». Mais Cécile, la mère de Georges Perec, persuadée que les Français auront de la considération pour une jeune veuve dont le mari est mort pour la France, ne les suit pas dans les Alpes. Rapidement contrainte de fermer son salon, elle doit traverser tout Paris pour aller à son nouveau travail à l’usine Jaz et a de plus en plus de difficultés à élever son fils Georges et à le faire garder. Voulant le mettre à l’abri des rafles qui se multiplient, elle l’accompagne en 1941 à la gare de Lyon, pour le confier à la Croix- Rouge qui doit l’emmener à Villars de Lans, chez sa tante Esther, son oncle David et leurs deux filles. Le petit Georges de 48 Georges Perec, « W ou le souvenir d’enfance », Gallimard, Denoël, 1975. Désormais désigné à l’aide du sigle W suivi du numéro de la page.

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