AGAPES FRANCOPHONES 2025
Georges Perec : un écrivain à la recherche de ses racines 108 mes cahiers et mon plumier de bois, je les aurais posés sur la table et j’aurais fait mes devoirs. C’est comme ça que ça se passait dans mes livres de classe ». (W, 99). Dans le revers de cette image d’Épinal un peu conventionnelle se dessine en creux la profonde tristesse du petit garçon, qui fait bonne figure pour faire plaisir à ses parents adoptifs. Ce vide concernant ses parents est comparé par Perec à un vol de son identité. Baptisé catholique en 1943, il se sent proche de Jésus, ce « fils de personne ». Comme lui. Hanté par la perte de ses parents et de ses rares souvenirs, Perec va faire de cette amnésie le ressort de sa création littéraire, en essayant par tous les moyens de retrouver ses racines. Il va en effet réparer, recréer cette enfance cassée grâce aux ressources de son intelligence. 3. Un long travail de remémoration 3.1. La lecture. C’est par les mots que Georges Perec va se réapproprier son passé, se reconstruire. Tout d’abord, il va aussi trouver refuge dans la lecture, qui est celui du rêve : c’est une bouée de sauvetage pour l’orphelin, qui l’assimile à une seconde naissance. Il lit et surtout relit sans cesse : « Je relis les livres que j’aime, et j’aime les livres que je relis, et chaque fois avec la même jouissance, que je relise vingt pages, trois chapitres ou le livre entier : celle d’une complicité, d’une con nivence ou plus encore, au- delà, celle d’une parenté enfin retrouvée ». (TO, 195). Celle d’Alexandre Dumas, Jules Verne, Jack London… Plus tard, pendant son service militaire, il découvrira Stendhal, Gide, Joyce, Brecht, Giraudoux, Baudelaire, Graham Greene, Conrad, Tolstoï, Kafka, Musil, Pasternak, V. Woolf, La Bible, Flaubert, Michaux, Goethe, Proust, Victor Hugo etc… acquérant ainsi une énorme culture qui viendra alimenter les références littéraires de La vie mode d’emploi. 3.2. La psychanalyse . Mais dès son retour à Paris, c’est à la psychanalyse que, adolescent dominé par un mal-être sans nom, il va avoir recours à trois reprises : triple recours symptomatique d’une « volonté de reconquérir le chapitre de mon histoire, marqué par un blanc, ou occupé par un mensonge », faisant écho à une phrase de Goethe : « Ce dont tu as hérité, acquiers-le, afin de le posséder ». Tout d’abord, c’est à la célèbre pédopsychiatre et psychanalyste Françoise Dolto qu’Esther Bienenfield, inquièt e des scènes de violence terrifiantes qui opposent son mari David et son neveu Georges, va confier le jeune garçon difficile qu’ il est devenu : il répond avec impertinence à son oncle, le défiant de son œil pétillant et arrogant, il se bat à l’école ou s’enferme dans un mutisme total, il dépense toutes
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