AGAPES FRANCOPHONES 2025
Racines, espaces et émancipation de l’identité féminine dans L’Amant de Marguerite Duras 120 distinguent le modèle arborescent, hiérarchique et enraciné, du modèle rhizomatique, mobile et pluriel — deux logiques qui structurent l’évolution du personnage, oscillant entre assignation sociale et transgression. Enfin, Paul Ricoeur (1990) permet de penser ce mouvement à travers la distinction entre identité-idem, héritée et stable, et identité-ipse, narrative et en devenir. Chez Duras, les racines se donnent d’abord comme une mémoire douloureuse — pauvreté, violence familiale, hiérarchie coloniale — mais deviennent progressivement le matériau d’une reconstruction de soi, rendue possible par l’écriture. Cette réflexion s’inscrit également dans une perspective féministe. En rompant avec les normes sociales et genrées de son époque, la narratrice illustre ce que Simone de Beauvoir analyse dans Le Deuxième Sexe (1949) comme une condition féminine façonnée par des déterminismes sociaux et symboliques. Par ailleurs, l’écriture de Duras peut être rapprochée de ce qu’Hélène Cixous nomme, dans Le Rire de la Méduse (1975), une écriture féminine capable de subvertir les cadres narratifs dominants et de faire émerger une subjectivité singulière. La relation avec l’amant chinois devient ainsi un espace de transgression où se joue la réinvention du rapport au corps, au désir et à l’identité. Dès lors, cette étude se propose d’analyser comment L’Amant met en récit l’articulation entre racines familiales, espaces coloniaux et émancipation féminine, et en quoi la transgression constitue un acte fondateur dans la construction d’une identité féminine en devenir. Pour répondre à cette problématique, l’analyse s’organisera autour de trois axes complémentaires : 1. Une approche géopoétique, qui mettra en lumière le rôle des espaces indochinois comme lieux initiatiques, entre ancrage et passage. 2. Une approche psychocritique, qui examinera la famille — et en particulier la figure maternelle — comme une racine ambivalente, à la fois fondatrice et destructrice. 3. Une approche socioculturelle, qui replacera la quête identitaire de la narratrice dans le contexte colonial et genré, en montrant comment la transgression défie les hiérarchies établies et ouvre un espace d’émancipation. 1 . Les espaces indochinois : entre ancrage et passage dans la construction de l’identité féminine Dans L’Amant , l’Indochine ne constitue pas un simple décor exotique, mais un espace structurant de la subjectivité féminine. Les lieux traversés par la narratrice — le Mékong, Saïgon et la chambre de Cholen — participent activement à la formation de son identité, en articulant enracinement et déplacement, mémoire et transgression.
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