AGAPES FRANCOPHONES 2025

La métaphore du retour dans le dossier génétique Le jeune homme d’Annie Ernaux 134 L’écrivaine récupère et (d)écrit les lieux d’origine qui constituent en même temps le fondement de son identité personnelle et de son identité narrative. Le retour par l’intermédiaire de la trace écrite témoigne d’un geste éthique et politique envers un mo nde qui a constitué depuis toujours la source de sa création. Une dimension réparatrice y est inscrite de même qu’une tentation d’harmonisation autant avec le vécu indélébile qu’avec ses racines. Ce travail se donne pour but d’accomplir le retour aux origines de la création d’Ernaux par le geste intrusif de la chercheuse qui consulte et explore les feuillets du dossier génétique. Nous allons interroger le phénomène du retour ernalien, lieu générateur de la création, par l’intermédiaire de la trace écrite, dans le dossier génétique du récit Le jeune homm e 58 déposé à la Bibliothèque nationale de France (site Richelieu). Notre analyse parlera d’un retour à double sens : d’un côté, il y a la consultation du manuscrit qui dévoile le moment intime de la création ; de l’autre côté, c’est l’interrogation de l‘acte de l’écrivaine qui, par la publication de ce récit en 2022, chez Gallimard, fait sortir de ses archives un manuscr it dans un moment où l’on ne s’y attendait pas. Publier un manuscrit oublié, conservé depuis longtemps et ressorti de la profondeur de ses armoires- archives, c’est un geste de retour créatif accompli par le créateur désireux de témoigner. 1. Genèse, mémoire et temps de la création « […], il faut poursuivre jusqu’à son terme le mouvement de retour, et tenir que la réaffirmation de la conscience historique dans les limites de sa validité requiert à son tour la recherche, par l’individu et par les communautés auxquelles celui-ci appartient, de leur identité narrative respective. C’est là le noyau dur de toute notre investigation ; car c’est dans cette recherche seulement que se répondent avec une pertinence suffisante l’aporétique du temps et la poétique du récit. » (Ricœur 489). « Ma méthode de travail est fondée essentiellement sur la mémoire qui m’apporte constamment des éléments en écrivant, mais aussi dans les moments où je n’écris pas, où je suis obsédée par mon livre en cours. J’ai écrit que ‘la mémoire est matérielle’, peut - être ne l’est -elle pas pour tout le monde, pour moi, elle l’est à l’extrême, ramenant des choses vues, entendues (rôle des phrases, souvent isolées, fulgurantes), des gestes, des scènes, avec la plus grande précision. Ces ‘épiphanies’ constantes sont le m atériau de mes livres, les ‘preuves’ aussi de la 58 Bibliothèque nationale de France, site Richelieu, Fonds Annie Ernaux, NAF 28647.

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