AGAPES FRANCOPHONES 2025

La métaphore du retour dans le dossier génétique Le jeune homme d’Annie Ernaux 136 que de celui des autres afin de « venger [s]a race » (Discours Nobel, 2022). Une autre caractéristique essentielle de son art concerne la tension qu’elle tisse dans ses récits de manière générale, mais aussi dans Le jeune homme, entre la mémoire individuelle (les marqueurs biographiques) et la mémoire générationnelle. Les deux s’informent et se conditionnent réciproquement. Chez Ernaux, comme chez Ricœur, le présent est saisi à partir et à travers le passé. Ricoeur constate que « c’est à la faveur de cette dialectique – ‘comprendre le présent par le passé’ et corrélativement ‘comprendre le passé par le présent’ – que la catégorie du témoignage entre en scène à titre de trace du passé dans le présent. La trace est ainsi le concept supérieur sous l’égide duquel Marc Bloch place le témoignage. Elle constitue l’opérateur par excellence d’une connaissance ‘indirecte’ » (Ricoeur 214 ). Dans Le jeune homme, Ernaux adopte la même stratégie, celle de la compréhension du présent à travers et depuis le passé. Son témoignage est lié à une histoire d’une vie, et dans la restitution du passé, il y a une dimension éthique, politique ou même affective, qui est celle de la honte. Une autre dimension essentielle de ses écrits et qui constitue le cœur du réseau sémantique général dans Le jeune homme , c’est le temps et le rapport qu’entretient l’écrivaine avec la dimension temporelle. Bruno Blanckeman remarquait le lien entre la pensée de la mémoire et du temps chez Ernaux et Proust, idée réitérée souvent par Ernaux autant dans ses textes que dans ses interviews et prises de parole. On y saisit « une sorte de présence implicite du modèle proustien » (Blanckeman www.franceculture.fr) même si Ernaux écrit depuis la mémoire volontaire, envisagée comme une « mémoire biscotte » (Blanckeman www.franceculture.fr ). Le temps, le vécu, les traces et les empreintes font référence au travail d’archive déployé par l’écrivaine en tant qu’ethnographe. Ce travail de recherche et de restitution est merveilleusement décrit par Ricœur dans les lignes suivantes : « Nous racontons des histoires parce que finalement les vies humaines ont besoin et méritent d’être racontées. Cette remarque prend toute sa force quand nous évoquons la nécessité de sauver l’histoire des vaincus et des perdants. Toute histoire de la souffrance crie veng eance et appelle récit » (Ricœur 143). 2. Le retour , la métaphore fondatrice du texte ernalien « La rupture avec l’ anamnésis platonicienne n’est toutefois pas complète, dans la mesure où l’ana d’ anamnésis signifie retour , reprise ,

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