AGAPES FRANCOPHONES 2025
Iringó CORA 137 recouvrement de ce qui a été auparavant vu, éprouvé ou appris, donc signifie en quelque façon répétition. L’oubli est ainsi désigné obliquement comme cela contre quoi l’effort de rappel est dirigé. C’est à contre-courant du fleuve Léthé que l’anamnèse fait son œuvre. (…) Qui cherche ne trouve pas nécessairement. L’effort de rappel peut réussir ou échouer. Le rappel réussi est des figures de ce que nous appelons la mémoire ‘heureuse’. » (Ricœur 33 -34). Ernaux fait œuvre contre le courant du fleuve Léthé, et le retour, qui intègre la recherche et la récupération, est le phénomène constitutif de sa création. Dès le début, l’écrivaine explore autant le phénomène de la réminiscence que les formes sous lesquelles elle se concrétise. Dans un premier temps, il convient désormais de parler des retours aux lieux de sa mémoire d’origine accompli par l’intermédiaire des traces matérielles, qui font (re)surgir le vécu. Il s’agit des « madeleines proustiennes » qui rappellent le passé indélébile : la photographie, la chanson, son journal d’écriture et son journal intime, le film et la peinture. Un autre phénomène particulier est représenté chez Ernaux par les retours méta-textuels , une pratique récurrente, « car en revisitant les textes écrits et publiés déjà, l’écrivaine accomplit un double retour : celui sur le texte écrit, de la perspective de la technicité ou du processus de la création et le retour représente une opportunité de se (re)découvrir et d’accomplir une réflexion identitaire. » (Cora). Le processus de l’instauration de l’écriture est déclenché autant par les traces et les empreintes affectives du monde et des lieux d’origine, que par l’amour. L’amour qu’elle vit aux côtés d’A, la rencontre et le retour aux lieux de ses études universitaires, à Rouen, ont le rôle de « déclencher l’écriture du livre », l’amour étant « une sorte de création continue » (Ernaux 11-12). De même, par l’intermédiaire de ce lien et de A, elle retrouve ces origines : « Je me re-sentais alors à Y., enfant, quand je lisais près de ma mère endormie de fatigue (…). Je n’avais plus d’âge et je dérivais d’un temps à un autre dans une semi-conscience » (Ernaux 15). Au-delà de ces retours, il y a Retour à Yvetot, le voyage aux lieux de ses origines, qu’elle réalise assez tard et qu’elle écrit et publie en 2013 aux Éditions du Mauconduit . En 2018 l’écrivaine entreprend « un étonnant voyage dans le territoire de la mémoire » (www.canalplus.com) accompagnée par Augustin Trapenard, à Yvetot. De plus, avec le récit L’autre fille, Ernaux accomplit un retour épistolaire par une lettre- récit qu’elle écrit à sa sœur défunte. Pas en dernier lieu, Ernaux interroge le retour aux souvenirs de sa vie de
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