AGAPES FRANCOPHONES 2025
La métaphore du retour dans le dossier génétique Le jeune homme d’Annie Ernaux 138 famille à travers les images filmées. Le film documentaire familial, Les années super 8 0 60 , issu en 2022, met encore une fois en lumière l’art exploratoire ernalien. Ce phénomène de retour aux racines qui témoignent et parlent afin d’instaurer l’art, est assez récurrent dans la littérature ultracontemporaine française. En 2023, Christine Angot réalise le film documentaire autobiographique, Une famille, en dessinant le geste douloureux du retour sur le drame intime, l’inceste qu’elle a subi de la part de son père. En outre, les retours donnent souvent lieu aux réponses ou aux rencontres littéraires qui ravivent les histoires vécues en les questionnant à travers un dialogue qui s’instaure souvent entre deux écrivains, protagonistes de l’histoire ravivée. Trois ans ap rès la parution du Jeune homme , il apparait un livre qui interroge les événements racontés dans ce récit. Mauvais élève signé Philippe Vilain et paru chez Robert Laffont, en janvier 2025, est une réponse narrative au récit ernalien. Si Le jeune homme est un texte court, autobiographique où Ernaux raconte une histoire d’amour avec un homme de 30 ans son cadet, le jeune homme en question écrit à son tour un texte-réponse, un roman autofictionnel, qui questionne le récit de leur histoire racontée par Ernaux. Les échos médias ne tardent pas et Radio France, dans une émission diffusée en mars 2025, intitulée « ‘Mauvais élève’ de Philippe Vilain : le portrait d’Annie Ernaux divise les critiques du Masque » 61 . Le jeune A est un relais qui lui permet de revisiter un monde éloigné, de retrouver ses racines, celles de transfuge de classe, même si cela ne lui procurait pas toujours le bonheur, mais la nécessité de retourner à l’écriture : « Il y a trente ans, je me serais détournée de lui. Je ne voulais pas alors retrouver dans un garçon les signes de mon origine populaire, tout ce que je trouvais ‘plouc’ et que je savais avoir en moi. (…) Il était le porteur de la mémoire de mon premier monde » (Ernaux 21). Elle retrouve les gestes, les paroles, les habitudes et pas en dernier lieu les mentalités dans lesquelles les années de son enfance et de sa jeunesse ont été baignées, « autant de gestes oubliés » (…). Il était le passé incorporé. Avec lui je parcourais tous les âges de la vie, de ma vie » (Ernaux 21). Elle retourne aux lieux de sa mémoire première : « les cafés Le Métropole et Le Donjon », « La faculté des Lettres, rue Beauvoisine », « La petite cité universitaire de la rue d’Herbouville et à coté le restau U (…) il m’avait semblé, pendant de 60 Iringó Cora, « L’écriture filmique et les représentations esthétiques de l’intime dans la création ernalienne », https://www.revue- textimage.com/conferencier/15_annie_ernaux/cora1.html, Paris, texteimage, 2025. 61 https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-masque-et-la- plume/mauvais-eleve-de-philippe-vilain-5451028.
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