AGAPES FRANCOPHONES 2025

Iringó CORA 141 perd la main, qu’il a conduit l’œuvre à un état d’équilibre suffisant pour que ce soit elle qui prenne les commandes [… ] 63 ». Les feuillets de l’avant - texte sont écrits au stylo à l’encre bleue, tandis que le vert et le rouge servent pour les annotations. Le texte qui est en train de constitution, nous est dévoilé comme un patchwork . On a noté les couches qui s’ajoutent, les petites feuilles souvent collées contenant des annotations ou encore des phrases réécrites. Tout cela met en lumière les premiers jets de son écrit, qui sont accompagnés par les ratures et les ajouts, les (auto)consignes, les silences, les espaces blancs, les suppressions, les relances et les impasses. Toute cette réalité textuelle en train d’instauration représente la porte d’entrée dans la pensée et dans le territoire les plus intimes d’Ernaux. En outre, on a observé l’usage des documents de genèse qui secondent l’acte créateur : les photos, les journaux, le texte des chansons, les extraits des actes législatifs, etc. Force est de constater que le processus d’instauration du texte est caractérisé constamment par les opérations de déconstruction et de reconstruction du texte, processus qui évoque le chemin difficile de l’écriture et les pulsions du processus créatif. Les notes intégrées dans les marges des feuillets ou écrites sur les post-it contiennent les idées oubliées, les rêves, les images neuves à intégrer, les références aux chansons, aux photos ou aux films ou encore les remarques d’orthographe. La construction du texte ainsi que la logique d’enchaînement des feuillets dans le dossier génétique du Jeune homme, révèle d’un travail dont les étapes s’inscrivent dans la chaîne causal e 64 relative à la poétique de la trace et de l’empreinte : la recherche, la récupération, la réparation (l’harmonisation) et le don. La métaphore du retour est quasiment présente dans ce dossier, sa présence étant suggérée autant par les réflexions phénoménol ogiques de l’écrivaine relatives aux mécanismes de la remémoration, au temps et à l’étant : « le passé et le présent (…), l’éternel étudiant (…), porteur de ma mémoire (…) incorporation du passé (…), la dimension racontée du passé (…), passeur du temps (…) ». (Ernaux NAF 28647). Ce dernier syntagme, par sa récurrence, ainsi que par sa référence au rôle joué par le jeune homme dans la vie d’Ernaux, devient la clef de voûte du récit et le nœud du réseau sémantique général du dossier génétique. 63 « Tire ta langue : La critique génétique des textes », France Culture, le 29 janvier 2012, https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/tire-ta- langue/la-critique-genetique-des-textes-8776713. 64 Cora, Iringó, Annie Ernaux : l’art de la trace , Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2025.

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