AGAPES FRANCOPHONES 2025

Roxana MAXIMILEAN 149 Key-words: uprooting, rooting, psychogenealogy, trauma, myth. Introduction La place de prédilection occupée par l’hérédité et la mémoire familiale dans l’œuvre de Sylvie Germain se reflète, entre autres, dans un éventail de personnages déracinés qui s’arrachent géographiquement et psychologiquement à leurs origines afin de fuir un trauma non résolu. Le déraciné fait partie des victimes innocentes auxquelles la romancière dresse une sépulture à travers ses fictions. En effet, tout l’œuvre germainien se veut un œuvre de mémoire qui s’efforce de mettre en lumière la douleur humaine, partie intégrante de l’étude du Mal dans le monde. Dans sa conception, la littérature est un « mode d’exploration, de monstration et de questionnement de cette passion universelle et perpétuelle qu’est le mal » (Germain 6). En cherchant une explication à c ette énigme, elle cite Paul Ricœur qui caractérise le Mal comme « un défi à la philosophie et à la théologie » (Ricœur 3). Sylvie Germain rejoint la pensée philosophique ricœurienne et se demande ce qu’elle peut faire contre le mal en tant qu’écrivain. L’é criture devient donc une forme de réaction, de tâche à accomplir devant les différentes manifestations du Mal : « Nous sommes au temps des génocides. Qui ne dit rien et ne fait rien face aux massacres consent, se constitue obliquement en complice. » (E S 67 1 8). De cette manière, à travers ses livres, l’écrivaine descend discrètement de sa tour d’ivoire et s’implique dans la vie de la cité. Son talent littéraire formidable est doublé d’une sensibilité profonde à la souffrance d’autrui, raison pour laquelle, tous les personnages principaux qu’elle met en scène sont des mal - aimés. Victimes d’un traumatisme individuel ou collectif, les mal-aimés deviennent des mal- aimants qui se cherchent dans une quête acharnée de l’Autre et de Dieu. La romancière est également préoccupée par la macro- Histoire cauchemardesque du dernier siècle qui a causé des souffrances inimaginables à des millions de victimes innocentes tombées dans l’oubli. Son œuvre se fait donc apologie de la mémoire, sépulture de tous les misérables, de tous les « Abel inconsolés » (ES 17), transformés en cendres par l’ouragan de l’Histoire. C’est elle la pleurante des rues de Prague qui traîne non pas dans les rues de la ville, mais dans le blanc de la page, « la douleur de tous et de toutes » 67 Germain, Sylvie, Les Échos du silence , Paris, Albin Michel, coll. « Espaces libres », no 166, 2006. Dorénavant désigné à l’aide du sigle ES, suivi du numéro de la page.

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