AGAPES FRANCOPHONES 2025
Déracinement et enracinement dans l’œuvre de Sylvie Germain 150 (P P 68 3 4), les « larmes mêlées, celles de disparus et celles des vivants » (PP 39). Dans l’œuvre germainienne, la thématique du Mal est étroitement liée à celle du silence de Dieu, la romancière se demandant « pourquoi ce Dieu tout-puissant, infaillible et infiniment clairvoyant, a-t-il permis que tant de crimes se perpétuent et que périssent tant d’innocents dans la désolation la plus extrême ? » (ES 24). Pourtant, même si parfois « le mot Dieu a la sonorité d’un tombeau vide [qui] nous renvoie l’écho de nos ap pels » (PP 126), l’écrivaine parie – à l’instar de Pascal – sur Son existence. Cependant, les manifestations du Mal dans le monde ne sont pas la seule source de l’imaginaire de Sylvie Germain. Dans un entretien accordé à Michelle Magil, la romancière avoue tout d’abord que son imaginaire est pétri par une mémoire sociale et collective. (Magil 337). D’après elle, « l’imagination tire toute sa substance de la réalité », elle n’est pas une évasion « hors du réel », mais « une plongée dans l’épaisseur du monde, dans la chair du temps » (Carbonne 7). Ensuite, elle soutient que son imaginaire est nourri par une mémoire culturelle. Dans sa conception, « l’écriture elle -même est une manière de lire, elle est une trace, un témoignage de lecture » (Schaffner 108). Elle avance que sa fabrique de l’imaginaire « brasse tout, les images, les souvenirs, les sensations, les expériences les plus diverses, les résidus des connaissances acquises, les rêves, les peurs et les désirs, les idées ». (Houssin 10). Mais, les sources de l’imaginaire sont plus profondes encore, elles sourdent également au-delà de la mémoire familiale, collective et historique, dans une mémoire ancestrale pétrie de mythes (Carbonne 14). À travers ses livres, Sylvie Germain sonde donc un imaginaire inépuisable ou gisent les grands mythes charriés par la mémoire culturelle occidentale . Son œuvre illustre parfaitement ce que Michel Butor disait dans le Passage de Milan : « On ne peut voir la réalité que par l’imagination, que par l’intermédiaire de l’imagination. » (Butor 17). L’image de l’arbre comme lien symbolique entre le mythe et la littérature (Monneyron 21) est donc tout à fait pertinente dans l’exégèse d’un texte qui plonge ses racines non seulement dans la mémoire familiale mais surtout dans la mémoire collective. Dans notre article, nous proposons une lecture psychogénéalogique de l’œuvre germainienne à la lumière de cette branche scientifique avancée premièrement par Anne Ancelin Schutzenberger, la psychogénéalogie, afin de mieux distinguer les figures des déracinés germainiens. 68 Germain, Sylvie, La Pleurante des rues de Prague , Paris, Gallimard, coll. « Folio », 1992. Dorénavant désigné à l’aide du sigle PP, suivi du numéro de la page.
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