AGAPES FRANCOPHONES 2025

Roxana MAXIMILEAN 151 Le transgénérationnel est un thème germainien récurrent. Le mal cascade de génération en génération et la vie des ancêtres affecte celle de leurs descendants. Dans son livre Aïe, aïe, mes aïeux , Anne Ancelin Schutzenberger émet le concept de « psychogénéalogie » afin de traiter les blessures familiales : « J’ai créé le terme de "psychogénéalogie" dans les années 1980 pour faire comprendre à mes étudiants en psychologie, médecins et travailleurs sociaux à l’université de Nice, ce qu’étaient les liens familia ux, la transmission et le transgénérationnel. » (Ancelin Schutzenberger 11). Elle affirme que « ce qui traverse les générations sans être digéré, "la patate chaude que l’on se repasse", reste sur l’estomac, actif et douloureux comme une colique. » (Ancelin Schutzenberger 24). Virginie Stevens reprend les études d’Anne Ancelin Schutzenberger, les joint à ceux des autres psychanalystes notoires comme Sigmund Freud, Maria Torok et Nicolas Abraham et parfait une analyse clinique psychogénéalogique en quatre axe s: l’approche systémique, la démarche psychanalytique, l’intégration dans un système socio -historique et la psychologie de l’âme. C’est précisément cette grille proposée par Virginie Stevens que nous appliquerons dans notre exégèse littéraire afin de mieux distinguer les figures des déracinés germainiens et de suivre la dichotomie déracinement/enracinement qui rythme l’œuvre de la romancière. 1. L’approche systémique Virginie Stevens affirme que l’approche systémique, issue des travaux Palo Alto et des thérapies contextuelles d’Ivan Böszörmenyi - Nagy, « se construit sur la notion d’interaction entre les différents membres d’un même clan. » (Stevens 17). Ainsi, l’individ u est envisagé en tant que « pièce d’un jeu d’échec qui interagit avec les autres pions de même couleur. » (Stevens 17). Plus précisément, quand un événement se produit au sein d’une même famille tous ses membres subissent des conséquences. Dans l’œuvre de Sylvie Germain le déracinement voulu – soit-il géographique ou psychologique – peut être perçu comme une réaction inévitable à un traumatisme passé insurmontable. Le personnage qui subit une blessure émotionnelle immense pendant son enfance ressent le désir de fuir l’endroit de la douleur et part dans une quête acharnée de soi, de l’Autre et de Dieu. Dans un article intitulé Les échappées tragiques de la douleur , Isabel Dotan observe trois comportements du personnage germainien devant la douleur : la lutte, la fuite et l’inhibition de l’action. Le critique explique la fuite par « un réflexe, une réaction physique spontanée à fuir le temps, l’endroit et

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