AGAPES FRANCOPHONES 2025
Déracinement et enracinement dans l’œuvre de Sylvie Germain 152 l’objet de la douleur. » (Dotan 264). Effectivement, chez Sylvie Germain les cas de fuites sont principalement la conséquence d’une perte, plus précisément d’un amour déçu. L’amoureux ressent un désir pressant de fuir les traces d’un passé inaccompli. À titre d’exemple, Gabriel fuit son passé vécu avec Agathe ( Opéra Muet ) et Ludvik retourne dans son pays et fuit la ville d’Esther (Éclats de sel ). Pourtant, la majorité des déracinés germainiens fuient leur enfance malheureuse. En effet, la plupart des protagonistes germainiens représentent l’incarnation d’une sensibilité notable de l’écrivaine pour la figure de l’enfant. L’enfance n’est pas heureuse dans les romans de Sylvie Germain, par contre, elle est maltraitée, humiliée, insultée, confisquée, blessée, saignante. Comme d’habitude, l’écrivaine se veut la porte-parole de ceux qui ne peuvent pas encore parler, des infans incapables de défendre leur cause. Dans un article intitulé L’enfance absolue où il traite la problématique d e l’enfance dans les romans de Sylvie Germain, Bruno Blackeman voit dans la figure de l’enfant une double dynamique : d’abord romanesque – l’enfant comme personnage – , ensuite, allégorique – l’enfant comme entité – , ce qui confère à l’œuvre une amplitude d e pensée singulière. Relativement à la dynamique romanesque, dans les romans en question, l’enfant constitue une figure de fiction centrale. Quant à la dynamique allégorique, la figure de l’enfant symbolise « un principe de sanction atavique, une image de vulnérabilité offensée. » (Blanckeman 7). Dans l’œuvre de Sylvie Germain, la figure de l’enfant se fait le support d’un questionnement ontologique et permet d’analyser « la puissance d’attraction des origines, en amont et en aval de la personnalité. » (Bla nckeman 12). L’amont est défini par les résonances de l’ascendance sur la formation d’un caractère tandis que l’aval désigne l’influence des premières années observée à travers toute l’existence. Dans L’Enfant méduse , une étape de la guérison de Lucie est l’errance, phénomène qui apparaît dans la majorité des romans germainiens comme la suite d’un traumatisme, Lucie quitte la maison familiale non seulement pour faire ses études, mais aussi pour guérir la Méduse qui gît au fond de son cœur. Dans Petites scènes capitales aussi, la protagoniste Lili Barbara s’évade d’un foyer familial problématique et se jette dans une quête féroce d’identité. La dichotomie déracinement/enracinement peut être associée au mouvement complémentaire katabasis/anabasis qui rythme le voyage orphique aux Enfers. Isabelle Dotan, critique littéraire spécialisée dans l’œuvre de Sylvie Germain aperçoit également deux mouvements opposés dans les romans germainiens. Selon le critique, tout d’abord, « l’auteure accompagne le personnage dans son immersion infernale, dans le drame, le traumatisme et le mal-être. C’est un premier mouvement qui est en quelque sorte une descente au
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