AGAPES FRANCOPHONES 2025
Roxana MAXIMILEAN 155 néfaste, où la mère est remplacée par une figure bienveillante et la seconde, totale, où l’enfant est privé de figure maternelle, étant d’habitude placé en institution. (Bowlby, 10). Le concept de « carence maternelle » s’avère extrêmement pertinent pour l’intégralité de l’œuvre de Sylvie Germain, étant traité comme une source primaire du mal qui marque le développement du personnage. Le cas de Laudes reste pourtant un des plus tragiques : à la différence de Tobie ( Tobie des marais ), d’Herminie -Victoire ( Le livre des nuits ), de Lili ( Petites scènes capitales ) ou même de Magnus ( Magnus ), Laudes n’a personne qui puisse suppléer le rôle de la mère d’une manière constante et fidèle, elle souffre donc d’une carence maternelle totale. Orpheline, Laudes-Marie fait de sa vie une quête des origines, de soi et de l’autre. Le traumatisme de l’abandon est un premier déclencheur d’une mise en mouvement constante, prolongée jusqu’à la fin du roman et qui rend le parcours du personnage associable à un roman picaresque. Dès l’incipit, le roman est mis sous le signe du théâtre – « ma solitude est un théâtre à ciel ouvert » (CM A 70 , 13) – , pour Sylvie Germain le théâtre représentant « une des façons les plus extraordinaires qui soit de tendre un miroir à la société, et parfois fondamentalement à ce qu’est l’humain. » (Briaud 2002). En effet, la thématique de l’abandon s’insère dans celle, plus large, du mal dans le monde qui taraude l’écrivaine depuis le dyptique des Nuits. En dépit de la tonalité ironique qui marque la première partie du roman, le parcours de la protagoniste est profondément émouvant, touchant la sensibilité du lecteur : « Sitôt née, j’ai été confiée au hasard. Certes, ce n’est pas la plus fiable des nourrices, le hasard, mais ce n’est pas la pire. Père et mère, d’un commun désaccord en temps décalé, n’ont pas voulu de moi. » (CMA, 13). Le narrateur pense que la raison de son abandon a été sa différence frappante, elle était une albinos, « blanche comme du lait caillé » (CMA, 14). Laissée dans la rue, Laudes est déposée par un inconnu à la porte d’un monastère où elle va passer les cinq premières années de sa vie. La micro-histoire du personnage se mêle à la macro-histoire collective, la naissance du personnage étant presque simultanée avec l’éclatement de la Deuxième Guerre mondiale : « Et puis, pour aggraver mon cas, peu de temps après mon entrée impromptue au couvent, un évènement funeste a eu lieu. La guerre a éclaté […] La guerre mondiale numéro deux, la bouchère maximale. » (CMA, 18). Pourtant, le début de la guerre et du chaos 70 Germain, Sylvie, Chanson des mal-aimants , Paris, Gallimard, coll. « Folio », 2002. Dorénavant désigné à l’aide du sigle CMA, suivi du numéro de la page.
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