AGAPES FRANCOPHONES 2025

Roxana MAXIMILEAN 157 Dans ses livres, Sylvie Germain décrit une fratrie universelle rompue, tout en créant l’image de l’humain incapable d’aimer son prochain, vivant dans « un culte du Moi sans Toi » (Brunel 2005). Dans La Pleurante des rues de Prague , l’écrivaine affirme que « l’Histoire pue » (PP, 45) afin de caractériser un siècle « furieusement fratricide » (RD V 71 , 22). Dès son premier roman, Le Livre des nuits (1984) Sylvie Germain dénonce les guerres dont elle souligne le manque de sens n’y voyant que l’image d’un Caïn qui lève la main contre son frère Abel : « La guerre n’était -elle pas une mère monstrueuse, obscène et folle, qui ne portait les hommes dans son ventre difforme que pour les remettre bas, sous l’aspect d’êtres amputés à jamais de la paix dans leur mémoire et dans leur âme ? » (N A 72 , 149). La saga initiale de Sylvie Germain est parsemée de guerres et de leurs atrocités, depuis la guerre de 1870 et jusqu’à la guerre d’Algérie. Ainsi, dans Le livre des nuits , le départ de Théodore-Faustin pour la guerre de 1870 marque la fin d’une période paradisiaque et la chute dans l’Histoire. Outre les guerres, la romancière avoue une attention particulière accordée à la Shoah. Selon Sylvie Germain, l’écrivain a le devoir de lutter contre l’oubli de ces plaies historiques qui ont causé la mort des milliers d’innocents : « Il y a un avant et un après Auschwitz. Cette question est là à se poser tout le temps, on ne peut pas se couper du monde. C’est la fonction de l’écrivain [...] Nous sommes tous des passeurs, des veilleurs, dans l’attention de ce qui se passe autour. » (Bertin 38). José Luis Arráez Llobregat (2015, 15) observe que la période la plus prolifique de la romancière, celle des années 90, coïncide avec « la rupture du silence et la reconnaissance officielle des crimes de la Shoah de l’État français ». Les fictions de Sylvie Germain sont le prétexte d’un questionnement philosophique sur la douleur de l’être humain confronté à l’existence du mal et d’une interrogation sur le silence de Dieu et des hommes face aux catastrophes de l’Histoire. L’intérêt personnel de l’écrivaine pour les injustices de l’Histoire est fondé également sur sa conception de la mémoire individuelle qui est le résultat de l’emboitement des mémoires multiples. La mémoire individuelle est un conglomérat formé par la mémoire familiale, la 71 Germain, Sylvie, Rendez-vous nomades , Albin Michel [2012], « Le Livre de Poche », 2014. Dorénavant désigné à l’aide du sigle RDV, suivi du numéro de la page. 72 Germain, Sylvie, Nuit d’Ambre , Paris, Gallimard, coll. « Folio », 1987. Dorénavant désigné à l’aide du sigle NA, suivi du numéro de la page.

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