AGAPES FRANCOPHONES 2025
Déracinement et enracinement dans l’œuvre de Sylvie Germain 158 mémoire collective, la mémoire ancestrale et la mémoire immémoriale, celle des origines. Dans cette perspective socio-historique une autre typologie du déraciné se crayonne dans les fictions germainiennes, celle de l’exilé, puisque l’exilé est certainement un déraciné. Le personnage qui incarne parfaitement cette catégorie est le protagoniste roman Le vent reprend ses tours, Gavril Krantz , saltimbanque d’origine roumaine, moitié allemand moitié tsigane refugié à Paris pendant l’époque communiste. Afin d’illustrer la douleur humaine et l’injustice de l’Histoire universelle, Sylvie Germain chois it comme exemple la vie tourmentée d’un citoyen roumain mi -allemand, mi-tsigane. De son dernier livre ressort un intérêt et une bonne connaissance de l’histoire récente de la Roumanie. En découvrant l’histoire de la Roumanie, Sylvie Germain est interpellée par les cas d’intellectuels roumains exilés ou auto-exilés à Paris à cause du régime communiste. Gavril Krantz incarne précisément cette catégorie de personnalités considérées comme les traîtres du régime et implicitement du pays parce qu’ils ne soutenaie nt pas la doctrine totalitaire imposée par les détenteurs du pouvoir. « Vers la fin des années cinquante » (VR T 73 110), Gavril Krantz exerce le métier de typographe à Bucarest. Il s’agit d’une période tumultueuse du pays ou la liberté d’expression n’existait plus. Après l’abdication forcée du roi Michel I er en décembre 1947, la Roumanie est déclarée République populaire, un état totalitaire sous la directe obédience de l’Union Soviétique (Tănase 21) Ainsi, ayant « des fréquentations suspectes, des lectures délictueuses » (VRT 112), Gavril est arrêté par le régime communiste qui tente de « le rééduquer et à bien le dresser idéologiquement » (VRT 112). Il est incarcéré à « Jilava, aux environs de Bucarest, prison mouroir aux murs suintant d’humidité, au sol en terre battue, où l’on entassait le grand vrac des prisonniers politiques » (VRT 112). Effectivement, pendant le communisme, Jilava a été un des plus grands espaces carcéraux de la Roumanie destiné surtout aux prisonniers politique s 74 . La célébrité de cette prison est due aux conditions de détention extrêmement dures, voire inhumaines. Sylvie Germain mêle à son imagination des faits historiquement vérifiables ainsi qu’a des personnages inventés, des personnages historiques, fait qui co ncourt à la vraisemblance du récit. En outre, l’identification des références spatiales et temporelles fictives aux repères réels tient, selon Ramona Malița (42), à la fonction auctoriale ou gestuelle du chronotope : « Construire le temps et l’espace ficti fs de la diégèse implique des gestes de l’écrivain pour lequel l’émergence du réel est primordiale ». Les moyens 73 Germain, Sylvie, Le Vent reprend ses tours , Albin Michel, 2019. Dorénavant désigné à l’aide du sigle NA, suivi du numéro de la page. 74 URL : https://www.memorialuljilava.ro/ (consulté le 14 janvier 2024).
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