AGAPES FRANCOPHONES 2025
Roxana MAXIMILEAN 159 topographiques et chronologiques vérifiables sont également des traces de la subjectivité de l’auteur. À Jilava, Gavril Krantz est le codétenu de Nicolae Steinhardt, intellectuel roumain d’origine juive converti à l’orthodoxie et devenu moine orthodoxe. Sylvie Germain avoue avoir lu son plus célèbre livre, Le journal de la félicité ( Jurnalul fericirii ), vu qu’elle insère un intertexte de ce livre dans Le vent reprend ses tours : le passage où Steinhardt raconte « le baptême en catimini et au lance-pierre dans sa cellule, un jour de mars 1960 » (VRT, 113). En réalité, les premiers manuscrits du Journal de la félicité sont confisqués par les communistes, pourtant un exemplaire arrive à Paris et circule comme samizdat parmi les intellectuels de l’époque. Dans la deuxième partie des années soixante (VRT, 117), Gavril se réfugie à Paris. À travers la description de son exil, Sylvie Germain rend hommage à tous les intellectuels roumains qui se sont réfugiés en France pendant le communisme afin de reconquérir leur liberté d’expression. Même la mort de Gavril – se jette dans la Seine – rappelle les fins identiques de Paul Celan et Gherasim Luca, poètes roumains réfugiés à Paris. 4. La psychologie de l’âme La dernière étape de l’analyse psychogénéalogique marque la fin de la quête initiatique du protagoniste, la réconciliation avec soi- même, avec sa filiation et avec Dieu. Selon Virginie Stevens, au seuil de ce dernier point l’individu n’est plus un être dont l’existence se réduit à subir les événements auquel il est confronté, mais plutôt un acteur responsable de sa propre vie dans une démarche évolutive. Il peut reprendre les rênes de sa vie « après avoir nettoyé les scories du passé et retissé les liens avec le terreau humain dont [il] est issu. » (Stevens 20). Cette étape correspond à l’enracinement du personnage déraciné et se confond avec l’ anabasis du voyage infernal. La katabasis , donc la descente aux Enfers est suivie par une remontée à la lumière et marque la fin de la quête identitaire du protagoniste. La catabase est un thème privilégié pour aborder le voyage infernal du personnage en tant que parcours initiatique. La descente aux Enfers s’inscrit parmi les représentations religieuses les plus compl exes comme la suggestion d’une existence après la mort – possible source d’immortalité, mais également comme la quête d’un savoir absolu, d’une vérité d’essence divine. Selon Gabriela Cursaru, un des motifs principaux des histoires des catabases est la maturation du héros. (Cursaru 5). La nature d’entre - deux du voyage dans l’au -delà devient une métaphore du passage vers un autre statut du protagoniste. À l’instar de la catabase orphique, le voyage infernal du personnage germainien a également une valeur initiatique. Par exemple, dans le
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