AGAPES FRANCOPHONES 2025

Le mimosa entre mémoire et emprise dans Ta Promesse de Camille Laurens 172 relation entre Claire et Gilles n’a été possible de l’intérieur, le recours à la violence est inévitable, confirmant ainsi la gravité de la situation. 2. Le père, persécuteur caché Derrière le conjoint pervers narcissique se cache toujours un autre persécuteur, une figure du passé, responsable d’autres violences et à l’origine de traumatismes antérieurs. Comme l’observe Korff - Sausse, c’est lorsque celui -ci réapparaît que peut commencer le véritable travail psychothérapique (936), ce qui met en évidence toute son importance. Dans Ta Promesse , mais aussi, en filigrane, dans l’œuvre entière de Camille Laurens, ce persécuteur caché est le père. Il s’agit d’une figure paternelle défaillante qui voulait absolument avoir un garçon, mais qui n’avait « que deux filles ». À la question de savoir s’il avait des enfants, son père répondait, selon la narratrice de Dans ces bras-là (2000) : « Non, j’ai deux filles. » 83 . C’est en effet dans le cadre d’une psychanalyse que la narratrice de ce roman note auprès de son analyste : « Il faut chasser le père de l’amour. » (DB 40). Or, dès le prologue de Ta Promesse , nous lisons, à propos du prénom de l’amant, personnage principal masculin : « Appelons- le Gilles, c’est le prénom de mon père dans la plupart de mes romans mais tant pis, ou tant mieux. » (TP 17) Si deux chapitres du récit fictionnel Un père , consacré au deuil du père de Claire, sont intégrés au corps du texte de Ta Promesse , et si Claire évoque son père à plusieurs reprises au fil des pages, celui-ci est également présent dans le roman par le biais de la figure de l’amant. Par exemple, Claire reconnaît le parfum de Gilles, « Vétiver », que son père utilisait aussi (TP 67). Cette odeur hante l’œuvre entière de la romancière ; lors d’un entretien accordé à Philippe Savary en 2003, Camille Laurens a révélé qu’elle venait de son père, pharmacien (14-17). Puis, le compagnon et le père de Claire aiment ou aimaient tous deux la musique, qui les attendrit ou attendrissait. Ainsi, Tosca , l’opéra préféré de Gilles, lui met les larmes aux yeux (TP 77), tandis que le troisième chapitre du livre Un père raconte une nuit où le père et sa fille, en l’absence de la mère de Claire, écoutent un disque du pianiste Arthur Rubinstein. « Papa avait l’air aussi triste que la musique, il devait penser à sa maman. » (TP 147), observe la narratrice. On retrouve une t hématique qui traverse toute l’œuvre de Camille Laurens et qui lie l’amant et le père : l’abandonmaternel. Tous deux ont en effet été abandonnés par une mère qui a refait sa vie avec un autre homme. Ce sont deux enfants psychiquement morts devenus 83 Camille Laurens, Dans ces bras-là , Paris, P.O.L, 2000, p. 24. Dorénavant désigné du sigle DB, suivi du numéro de la page. L’anecdote témoignant de la négation paternelle de ses filles fait retour dans plusieurs récits de Camille Laurens.

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