AGAPES FRANCOPHONES 2025

Le mimosa entre mémoire et emprise dans Ta Promesse de Camille Laurens 174 Plusieurs chapitres du roman Dans ces bras-là , dont le projet consiste à créer un « carnet de bal » dans lequel on peut reconnaître, « au fil des pages, des danses et des noms, le défilé irrégulier des cavaliers » (DB 20) qui ont compté dans sa vie, portent le titre « Le père ». On notera que ce titre, « Le père » (avec un article défini), qui se réfère au seul père unique de la narratrice, devient « Un père » (avec un article indéfini) dans Ta Promesse , comme s’il n’était qu’un père parmi d’autres, une personne ordinaire dont on n’aurait pas encore parlé. Il faut également mentionner le changement de titre du roman Dans ces bras-là , auquel Ta Promesse fait référence à plusieurs reprises. Si, dans d’autres récits de l’auteure, le titre de ce roman était « Carnet de bal », il s’intitule ici exceptionnellement « Salle de bal ». À travers la référence à la scène du bal, ce nouveau titre n’est certes pas sans faire allusion à la rencontre amoureuse. Mais on constate que les « bras d’une personne du sexe opposé », dans lesquels « on est bien » 84 ont été retirés. Outre la référence à la chanson, qui évoque l’amant et le père, toute chaleur humaine, voire tout érotisme sont alors absents. Comment ne pas penser à cette variété de mimosa dont les folioles se rétractent au moindre contact ? Enfin, le titre Ta Promesse est profondément significatif, car il ne fait pas seulement référence à la promesse rompue de Gilles ou de la narratrice, mais aussi à celle, non tenue, du père. C’est en effet dans le premier chapitre du roman que la demande de serment de Gilles est rela tée lors d’un dîner au bord de la mer. Le parfum d’un mimosa ramène alors à Claire un souvenir relatif à sa mère : celle-ci venait ici avec son amant pendant que ses filles étaient chez leurs grands- parents (TP 22). Dès le début du roman, le trauma qui hante toute l’œuvre de l’écrivaine est ainsi évoqué : l’abandon par une « mère morte » en deuil d’un bébé décédé à la naissance, et installée dans une relation d’amour extraconjugal e 85 . Claire accepte alors de promettre à Gilles de ne jamais écrire sur lui. Cependant, c’est lors de leur première rencontre, à Lille, qu’elle confie à Gilles le sentiment de trahison qu’elle éprouve envers son père décédé, qui a déshérité sa sœur et elle, ne leur laissant que le minimum imposé par la loi, pour privilégier sa seconde épouse (TP 289). Le roman mentionne d’ailleurs d’autres trahisons ou promesses rompues, comme celle de Tosca qui poignarde Scarpia alors qu’elle lui 84 Le titre du roman Dans ces bras-là de Camille Laurens fait référence à la chanson de Guy Béart « Qu’on est bien » (1957), dont le refrain est : « Qu’on est bien dans les bras d’une personne du sexe opposé. Qu’on est bien dans ces bras-là ». 85 Je me permets de renvoyer, à ce sujet, à mon essai Camille Laurens, le kaléidoscope d’une écriture hantée , Villeneuve d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2017.

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