AGAPES FRANCOPHONES 2025
Jutta Emma FORTIN 175 avait promis de se donner à lui s’il épargnait la vie à son amant (TP 348). La musique, et plus particulièrement l’opéra Tosca , fonctionne dans le roman comme un intertexte intersémiotique structurant. Le motif central de la promesse non tenue, repris explicitement à Tosca , inscrit le récit romanesque dans une dramaturgie tragique de la trahison : comme Tosca, Claire est prise dans une logique de serment extorqué, de confiance manipulée et de parole violée. La référence à l’opéra ne relève donc pas de l’ornement culturel, mais d’un véritable dispositif symbolique qui redouble, sur le plan musical, ce que le roman élabore sur le plan narratif et psychique, en faisant de la promesse rompue le noyau tragique commun aux deux œuvres. Il est significatif que la dernière promesse évoquée dans le roman soit celle du père, racontée par l’autrice dans l’épilogue. Sur une page et demie, celle-ci y décrit son « plus grand souvenir de bonheur » (p. 356). Ce souvenir correspond aux seules vacances qu’elle a passées avec se s parents et sa sœur dans le Midi, et plus précisément à un champ de mimosas que le père leur montre. Elle lui fait alors promettre qu’ils reviendront. On sait que cette promesse ne sera pas tenue : même si l’auteure a été « sage » et n’a pas fait de « peine » à son père, celui-ci a rompu leur accord. Il est d’autant plus important que le texte se termine sur les paroles du père, prononcées à la demande de sa fille : « Oui, a-t- il dit, je te le promets. » (TP 358). On y voit l’amour de la fille qui persiste envers et contre tout pour son père, malgré la trahison et la désillusion. Conclusion Dans Ta Promesse , Camille Laurens introduit une relation d’emprise à travers la promesse exigée par Gilles, qui scelle le silence de Claire, tout en posant les bases d’un rapport profondément asymétrique. L’image du mimosa, liée au souvenir d’un bonheur familial enfui, es t contaminée par la trahison : d’abord par celle d’une mère absente, puis par celle d’un conjoint dominateur. Mais l’emprise ne se limite pas à la sphère amoureuse ; elle s’enracine dans une histoire familiale marquée par l’abandon, le deuil et le désamour . Elle plonge ses racines dans une mémoire affective profonde, antérieure à la relation amoureuse elle-même, où se sont constitués les premiers liens de dépendance, de perte et de silence. Les violences présentes réactivent des blessures anciennes. Le mimo sa n’est alors plus seulement l’arbre du souvenir ou de l’illusion amoureuse, mais aussi celui de la promesse trahie d’un père à sa fille, figure d’arbre -racine d’une filiation blessée, dont les soubassements invisibles structurent toute l’économie psychiq ue du récit.
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