AGAPES FRANCOPHONES 2025

Les racines familiales dans deux romans chez Emmanuel Ruben : mémoire, transmission et héritages 182 privée devient un fragment de mémoire collective. Enfin, Aleida Assmann (2011) distingue entre mémoire communicative, qui est transmise oralement dans le cercle familial, et mémoire culturelle cristallisée dans des objets, rituels ou mythes. Ruben illustre précisément cette articulation : le récit oral des ancêtres se fixe dans des artefacts matériels, qui à leur tour deviennent des vecteurs de mythification. Ainsi, l’écriture de Ruben prend la forme d’une archéologie familiale, où la quête des origines s’élabore à travers l’interprétation d’objets hérités. Ces objets médiatisent la relation entre les vivants et les morts, entre le présent et l’Histoire, et rév èlent une mémoire à la fois fragmentée et recomposée. La fiction devient alors le lieu où la postmémoire , nourrie de légendes et de traces matérielles, se transforme en récit, offrant une consolation et une identité recomposée aux héritiers dispersés. L’ensemble de ces problématiques fera l’objet d’un examen approfondi dans les chapitres suivants. Dans le chapitre I , nous mettrons en lumière la manière dont Les Méditerranéennes et Sabre inscrivent l’héritage et la mémoire familiale à travers des objets investis de symbolique et des récits fondateurs transmis par les ancêtres. Le chapitre II s’attachera quant à lui à analyser la mise en scène de racines et d’identités fragmentées, où se révèle la tension constitutive entre continuité et dispersion mémorielle. Enfin, nous montrerons que cette articulation subtile de l’intime et du collectif co nstitue la véritable clef de voûte de l’entreprise romanesque d’Emmanuel Ruben. I. Héritage et mémoire familiale dans Les Méditerranéennes et Sabre d’Emmanuel Ruben 1. Objets-héritages comme vecteurs de mémoire Les deux récits pivotent autour d’un artefact familial chargé d’histoire. Dans Les Méditerranéennes , il s’agit d’un chandelier à neuf branches (une menorah de Hanoukkah), transmis de génération en génération. Dans Sabre , c’est un sabre ancien ayant appartenu au grand-père, suspendu au mur de la maison. Ils fonctionnent comme un vecteur de mémoire familiale, condensant les strates d’un passé conflictuel et hérité. La scène inaugurale du roman Les Méditerranéennes met en lumière un objet emblématique : un chandelier de Hanoukkah en bronze transmis dans la famille depuis des générations. Autour de ce candélabre hérité, seul objet que Mamie Baya emporta d’Algérie lors de l’exode de 1962, toute la famille se réunit en 2017 pour célébrer Hanoukkah. D’emblée, Emmanuel Ruben confère à ce reliquat familial le rôle de support de la mémoire familiale et de la transmission

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