AGAPES FRANCOPHONES 2025

Racines françaises de la poésie québécoise 202 Après l’échec des Rébellions (1837 - 1838), l’idéologie dominante au Québec voue un culte à la mère patrie, aux racines, aux traditions. Afin de résister à l’assimilation anglaise, la poésie québécoise est mise au service de la survivance culturelle, elle doit jouer un rôle essentiellement patriotique, faisant l’éloge de « l’âme canadienne ». Tout en revendiquant « son appartenance au monde français, contre l’anglais », la critique littéraire officielle veut également se défendre « contre tout ce qui vient de France, […], au nom de la fidélité aux valeurs ancestrales, lesquelles seraient abandonnées dans une métropole où l’on a coupé la tête du roi » (Goes 17). C’est ainsi que les poètes québécois qui s’inspirent des romantiques français (surtout de Hugo et de Lamartine) privilégient les thèmes historiques et religieux au détriment de l’expression de la subjectivité ou de l’exaltation de l’amour passionnel. D’un point de vue formel, nous pouvons dire que le XIX e siècle se caractérise encore par des imitations et des essais d’adaptation des principales formes poétiques de la poésie française. Après une « production éparse » du début du XVII e siècl e 93 jusqu’au milieu du XIX e siècle (Cunningham 109), c’est le sonne t 94 qui devient le type de poème le plus souvent utilisé et qui gardera longtemps sa place privilégiée (Arnold 3-4). Il faut dire que l’emploi du sonnet, un genre poétique européen ancien, de grand prestige, ne va pas de soi au continent américain. Le poète William Carlos Williams « considérait l’idée même d’un sonnet américain comme une aberration » (Alfandary 107). En revanche, le sonnet est la forme de prédilection des poètes québécois très différents, des recueils entiers sont composés de sonnets, comme les Oiseaux de neige (1879) de Louis Fréchett e 95 ou Les Gouttelettes (1904) de Pamphile LeMa y 96 , entre autres. Les poètes régionalistes l’emploient aussi bien que les poètes exotiques, dont Paul Morin, appelé « maître sonnettiste » (Cohen 27). Suivant l’approche ethnocritique que l’on rencontre au Québec plus qu’ailleurs (Brulotte 23), « pour différencier la littérature québécoise des autres littératures, surtout de la française, il faut supposer l’existence de caractéristiques québécoises qui s eraient encodées quelque part dans les textes » (Brulotte 26). Dans son 93 Le premier sonnet est publié en 1612 par Marc Lescarbot, dans le recueil Les muses de la Nouvelle-France (Cunningham 109). 94 Apparu en Italie au XIII e siècle, le sonnet jouit d’un grand prestige en France à la Renaissance. Après deux siècles de discrédit relatif, il y est redécouvert par les Parnassiens et les symbolistes. 95 Le recueil Les oiseaux de neige contient 101 sonnets. 96 C’est un recueil entièrement composé de sonnets (202 sonnets au total).

RkJQdWJsaXNoZXIy Mjc3NjY=