AGAPES FRANCOPHONES 2025
SZILÁGYI Ildikó 203 Anthologie des sonnets au Québec , Mélanie Cunningham souhaite également « cerner la particularité du sonnet au Québec », mais elle doit reconnaître qu’il n’est pas possible de parler « d’un sonnet proprement québécois, comme on pourrait parler d’un sonnet italien, d’un sonnet ronsardien ou d’un sonnet anglais » (19). Elle se contente donc de la conclusion suivante : « Les sonnets au Québec montrent une grande souplesse du côté des schémas de rimes, même quand la forme et le vers sont respectés rigoureusement. Cette particularité pourrait constituer la marque du sonnet au Québec : sa liberté dans l’usage des schémas de rimes. » (20). Cunningham situe « l’apogée » du sonnet au Québec entre 1895 et 1935, ce qui correspond à l’existence de l’École littéraire de Montréal. De toute évidence, le sonnet est la forme de prédilection d’Émile Nelligan, le membre le plus célèbre de ce rassembleme nt d’hommes de lettres canadiens -français. Près de la moitié de ses poèmes sont des sonnets (il en a composé 73 ) 97 . Cunningham lui consacre une place de choix dans son anthologie (139-145), en citant dix de ses sonnets. La poésie de Nelligan s’inspire visiblement des symbolistes et des parnassiens français dont Paul Verlaine, Charles Baudelaire, Maurice Rollinat, José Maria de Hérédia et Leconte de Lisle. Bien que Nelligan soit souvent comparé à Rimbaud, poète adolescent prodige comme lui, c’est Verlaine qui l’a marqué le plus profondément (Wyczynski 779). « La thématique de Nelligan autant que la tonalité de ses poèmes, et surtout la musicalité de ses vers, [lui] doivent beaucoup » (779). Sa rencontre avec la poésie de Verlaine signifie pour lui « un moment de révélation et d’envol libérateur » (791). Le recours au sonnet ronsardie n 98 et au sonnet lyonnais témoigne de la vaste connaissance de Nelligan de la versification française traditionnelle, à laquelle il reste fidèle malgré quelques variations introduites au niveau des rimes. Son innovation la plus « audacieuse » (Blais 267) consiste à mettre en fin de vers des mots inaccentués, par exemple « jusque », « ne fût-ce que » (Nelligan 212). « L’exhibition à la fois ludique et ironique » (Blais 268) de ces artifices ne manque pas de rappeler la poésie décadente. Un critique conservateur, Camille Roy (98), trouve « regrettable qu’il y ait parfois dans ces vers tant de négligences voulues et tant d’excentricités 97 Nelligan a écrit plusieurs rondels aussi, poème à forme fixe d’origine médiévale, redécouvert par les parnassiens français. Dans la suite, le rondel disparaît presque complètement de la poésie québécoise. 98 48 % de ses sonnets suivent le modèle ronsardien (abba abba ccd ede).
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