AGAPES FRANCOPHONES 2025
SZILÁGYI Ildikó 205 de virtuosité technique. Il s’inspire avant tout des sonnets de Hérédia décrivant la civilisation méditerranéenne antique, mais aussi de ceux d’Anna de Noailles et de Henri de Régnier. Paul Morin fait partie des Exotiques (comme Marcel Dugas ou Guy Delahaye) qui veulent se libérer de toute contrainte idéologique que le nationalisme et la domination cléricale font peser dans la première moitié du XX e siècle sur les poètes québécois. Ayant séjourné plus ou moins longtemps à Paris, les Exotiques sont surnommés « les parisianistes ». C’est grâce à ces jeunes poètes que la poésie canadienne- française n’est plus « à la remorque des grandes tendances artistiques françaises » et son évolution s’effectue « en synchronie » avec la France (Miron 100). Malgré les points communs évidents, la poésie des « parisianistes » montre néanmoins une spécificité québécoise : l’exploration récurrente du thème de l’exil. Il faut dire que « cette problématique de l’autonomisation en regard d’une comparaison synchronique avec une autre littérature plus ancienne et de même langue est typique de ce qu’on appelle les littératures émergentes, dont la littérature québécoise a fait partie » (100). En effet, le Québec reste soumis, jusque dans les années 1960, à une « double hiérarchie : celle, économique et sociale anglo-saxonne et celle, culturelle, de la France » (108). Dans la poésie contemporaine, il n’y a évidemment plus de question de « décalage » ou de « retard » : nous retrouvons dans les poésies française et québécoise les mêmes influences et tendances littéraires. C’est ainsi que dans ces derniers temps, en France tout comme au Québec nous assistons à un regain d’intérêt pour le sonnet. Il s’agit d’un retour conscient, d’un choix esthétique délibéré de la part des poètes. Le sonnet pratiqué dans la poésie québécoise contemporaine peut être « régulier », comme ceux du poète et chansonnier Gilles Vigneault (1928-). Selon Cunningham, « la prédilection de Vigneault pour les formes fixes va dans le sens de la stabilité », il privilégie « l’enracinement plutôt que l’errance » (271), comme le montre le sonnet intitulé « L’ arbre », tiré du recueil Exergues (1971 ) 101 . L’arbre « Je suis comme un arbre en voyage Je m'en vais racines en l’air Mais de voir le monde à l’envers Me coûte fleur, fruit et feuillage 101 Cité par Cunningham (272).
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