AGAPES FRANCOPHONES 2025
Racines françaises de la poésie québécoise 206 Je cherche un pays de mon âge Un bout de terrain pour l’hiver Car ne veux être à découvert Quand le froid prendra mes nuages Les oiseaux que j’avais en tête Se sont enfuis de moi en quête D’un lieu moins fol et moins mouvant Trouverais- je si je m’arrête Autre voix que celle du vent Pour me remémorer leurs fêtes ? ». Vigneault confie dans un entretien que « la forme est très importante pour [lui] » et que le sonnet – qu’il trouve « très difficile » – « ne cesse de [le] séduire, à cause de ses rigueurs, de son exigence » (Smith 58). Le choix du sonnet est lié chez lui au respect des traditions et à la nostalgie de ce que le sonnet symbolise culturellement. Il y voit également le défi des contraintes. Le poème « Pour un coffret », tiré du recueil Bois de marée , publié en 199 2 102 , illustre bien sa conception du sonnet, considéré comme une forme parfaite, close, enfermée sur elle- même. (Nous n’en citons que le premier quatrain.) « Je suis les mots le bois la boîte L’auteur la plume et le sonnet Et le rameau qui frissonnait Serré dans son écorce étroite ». Les sonnets de Vigneault, de forme traditionnelle (le plus souvent en alexandrins ou en octosyllabes bien rimés), sont souvent qualifiés de « vieillots » ou « archaïques » par les critiques. André- Gilles Bourassa reproche au poète que « [son] écriture est parfois trop proche de formules anciennes qui n’ont rien de québécois ni de moderne » (34). Malgré les critiques, Vigneault continue à écrire des sonnets tout au long de sa carrière, introduisant quelques variations au niveau des mètres et des rimes. Le poème portant le titre « Sonnet » (publié en 2004) se compose de vers dissyllabiques (Que ce / Jeune homme / Se nomme / Un peu // Un feu / De femme / Réclame / Son jeu // De lui / Ou d’elle / Qui fuit ? // Fidèle / Le vent / Leur ment… ) 103 . Cette forme inhabituelle correspond certainement à une intention ludique et à une volonté d’expérimentation formelle. 102 Cité par Cunningham (329). 103 Tiré du recueil Les Chemins de pieds (Vigneault 161).
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