AGAPES FRANCOPHONES 2025
SZILÁGYI Ildikó 207 Nous retrouvons cette désinvolture et cette liberté formelle dans bien d’autres sonnets québécois contemporains, tout comme dans les sonnets français (ceux de Jacques Roubaud ou de Guy Goffette, entre autres). Par exemple, les 144 sonnets du recueil Paradis des apparences de Robert Melançon (1947- ), poète montréalais, sont « allégés » 104 : ils se composent seulement de douze vers libres, répartis en quatre tercets. Conformément au sous-titre du recueil ( Essai de poèmes réalistes ), Melançon présente des scènes simples, « réalistes », prouvant que l’écriture du quotidien (« l’entassement des faits minuscules » ) 105 en langage prosaïque n’est pas incompatible avec le choix d’une ancienne forme de grand prestige. Il arrive même que les sonnets réguliers et libres soient mêlés dans un même recueil comme dans les Sonnets numériques de Claude Beausoleil (1948-2020). La première partie de cet ouvrage publié en 2007 (« Le mouvement des livres ») se compose de cinquante sonnets de rimes traditionnelles. La deuxième partie, portant le titre « L’Atelier contemporain – Sonnets en prose », introduit en revanche de nombreuses libertés pour rendre la forme du sonnet plus souple. Le poème intitulé « Emile Nelligan » rend hommage au grand ancêtre : « Tu / Nais / Génie / Dans // La / Neige / Et / Solitaire // Le / Froid / Te // Parle / De / Poésie » (Beausoleil 138). 2. Le verset au Québec En présentant « le vers libre au Canada », A. Ivor Arnold attire l’attention sur le fait que par l’intermédiaire de Paul Claudel, « ce poète symboliste énormément respecté chez nous pour être grand catholique », « l’influence du style biblique est aussi ve nue contribuer à l’abandon de la métrique traditionnelle » (Arnold 224). Il est à noter que la religion constitue un élément distinctif important entre le monde anglophone et le monde francophone du Canada. Le verset claudélien jouit dès les années 1930 d’ un grand prestige au Québec, parce qu’il est « quasi-sacré de ton » (Arnold 224). Il s’impose dans la suite comme une référence importante et continue à être présent même dans la poésie contemporaine. Le terme « verset » désigne à l’origine les divisions numérotées de la Bible et d’autres textes sacrés. Ce n’est que depuis le début du XX e siècle que le verset devient, à la suite des Cinq grandes Odes de Claudel, un nouveau genre poétique. Il s’agit d’une forme 104 Ce sont les deux premières strophes qui sont abrégées (« allégées ») d’un vers. 105 Le recueil est sans pagination et les poèmes numérotés sont sans titre.
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