AGAPES FRANCOPHONES 2025
Pierre-Yves BOISSAU 221 Retour, disais- je, littéral à la terre qui focalise l’attention. Dans ce retour à « la couleur de la terre dans le cimetière de Răşinari on retrouve précisément l’humilité, cette attitude où l’homme – nous dit l’étymologie – se rapproche de la terre, vertu récusée dans la Roumanie des années 1930, car coupable d’inaction et de manque d’ambitions. Et à cet attachement (littéral) à la glèbe de la naissance : « Je viens d’écrire à une amie de Sibiu […] qu’en venant en Occident j’ai commis peut -être une erreur, que chacun devrait vivre et mourir dans le paysage dans lequel il est né. Au fond les paysans ont raison et leur genre de vie est – était plutôt – le seul raisonnable, le seul « humain » (si ce mot conserve encore un sens). » (455). Bienheureuse celle qui est restée aux pieds des Carpathes. Et rien d’étonnant à ce que ce soit justement les terroirs français qui enchantent Cioran : celui d’Ile de France (avec Gérard de Nerval comme figure titulaire, même si Cioran ne pense pas à lui explicitement dans ces moments de la quête), le Vexin, par exemple - c’est dans le Vexin, à Villetertre que les cloches du village lui rappellent Răşinari (921, 754), mais aussi la Bretagne ou encore le Sancerrois. On remarquera l’épisode de la randonnée jus tement dans cette région, tout près de Sancerre, où se produit une rencontre notable : « Sur une route solitaire près de Vailly, rencontre avec une paysanne qui gardait des chèvres. Très intelligente […] Et nous parlons et nous parlons. On se croirait dans un village perdu en Roumanie ou en Russie (je pense à cette paysanne que Rilke y a rencontrée dans un village et avec laquelle il s’est entretenu pendant des heures) … Sentiment de vraie vie. Cette paysanne, parlant de son père qui a maintenant quatre-vingt- quatre ans, disait qu’avant il se levait en été à 4h du matin et travaillait d’un "soleil à l’autre". » (564). On notera l’étrange amalgame. D’abord ce paysage renvoie à Urbino : « De Sury en Vaux à Sancerre, paysage d’Urbino » (564). Sans doute en raison de la montagne sur laquelle sont bâties les deux villes et le doux vallonnement des environs (de même que Villetertre que je viens de mentionner et qui est sans aucun doute Lavilletertre, où coule la Viosne, est posée sur un promontoire comme l’indique le toponyme). On reste dans la latinité, sur laquelle insiste bien sûr l’émigration roumaine parce qu’elle arrache la roumanité au monde slave soviétisé, mais Cioran n’esquive pas non plus le topos slave, qui reste beaucoup plus provocateur dans le monde roumanophone, et
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