AGAPES FRANCOPHONES 2025

Fan XU 233 comme dans l’incipit de La Chute dans le temps , c’est bien incontestablement l’acquisition de la connaissance qui permet à l’homme de fracasser l’unité de l’être, provoquant par la suite le déferlement de ses maux. Il y a d’autant plus de raison de soupçonner la connaissance d’avoir déchaîné le malheu r que Cioran ne se prive guère de fulminer des anathèmes à son encontre. « Souffrir, c’est produire de la connaissance » ( O 1995, 373), « la tragédie de l’homme, c’est la connaissance » ( O 1995, 1781) … Au fil du temps, l’écrivain reste fidèle à son désaveu de la connaissance, l’accolant infailliblement au pathos . Dans son récit de la chute de l’homme, Cioran reprend intégralement ce verset de la Bible : « mais tu ne mangeras pas de l'arbre de la connaissance du bien et du mal, car le jour où tu en mangeras, tu mourras » (Gn II, 17). Il y semble en effet conférer une qualité génésiaque à la connaissance par rapport à la déchéance de l’homme et ses affres qui en résultent. Cela étant, rappelons qu’Adam – sous la plume de Cioran (et dans une moindre mesure, Cioran lui- même) – ne considère pas la mort comme une tragédie en tant que telle, mais comme un triomphe. Pour récuser la connaissance comme la racine du malheur humain, il faudrait alors la mettre devant d’autres faits accomplis, d’autres maux que la mort. Si l’on sait que « Cioran cultive un désintérêt foncier pour la connaissance scientifique du monde » (Demars 2021, 114), cette position d’« anti-Lumières » est maintes fois réitérée dans La Chute dans le temps . Celui- là prend l’homme presque en pitié, « (car il est) contraint, en raison de ses déficiences, d’augmenter artificiellement ses moyens d’action et de suppléer à ses instincts compromis par des instruments propres à le rendre redoutable. Et s’il est devenu effectivement redoutable, c’est parce q ue sa capacité de dégénérer ne connaît pas de limite » ( O 1995, 1074). Fort de sa lucidité côtoyant le cynisme, Cioran emprunte ici des accents rousseauistes pour regretter l’avantage qu’a perdu l’homme dégénéré « d’avoir sans cesse toutes ses forces à sa disposition, d’être toujours prêt à tout événement, & de se porter, pour ainsi dire, toujours tout entier avec soi » (Rousseau 1964, 136). Comme Rousseau, Cioran impute la dégénération (physique) de l’homme à l’augmentation artificielle de ses moyens d’action et aux instruments qui le rendent redoutable, instruments qui ne dépendent de rien d’autre que du « Pubic Good » qu’est la connaissance, « humaine et au service de l’humain » (Grange 2022, 29). Mais subvertissant la perfectibilité de l’homme en dégénérescence sans limites, Cioran

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