AGAPES FRANCOPHONES 2025
Fan XU 237 avantages et ses talents », la différence étant que le désir de gloire subsiste chez le premie r 133 . Le conseil en question a de surcroît le double mérite de nous rappeler que les « tourments » de l’homme consistent justement « à produire, à (se) réaliser, à sortir de (soi)-même », tout en précisant que le malheur ne vient pas du vouloir en tant que tel, mais de celui qui aspire à la grandeur. C’est que Cioran ne condamne pas tant la volonté que la perniciosité inhérente de cette dernière : « Or, la volonté, qui contient un principe suspect et même funeste, se retourne contre ceux qui en abusent. Il n’est pas naturel de vouloir ou, plus exactement, il faudrait vouloir juste assez pour vivre ; dès qu’on veut en-deçà ou au-delà, on se détraque et on dégringole tôt ou tard. Si le manque de volonté est une maladie, la volonté elle-même en est une autre, pire encore : c’est d’elle, de ses excès, bien plus que de ses défaillances, que dérivent tou tes les infortunes de l’homme. » ( O 1995, 1158). Fin connaisseur de Schopenhauer qui soutient que « (l)a volonté, comme chose en soi, constitue l’essence intime, vraie et indestructible de l’homme [traduction d’Auguste Burdeau] » (Schopenhauer 1909, 13), Cioran aurait, à son corps défendant, intégré la conception schopenhauerienne de la volonté pour finir par réajuster sa ligne de mire. Après l’affirmation, « (i)l n’est pas naturel de vouloir », l’essayiste fait aussitôt marche arrière afin d’y apporter une nuance, précisant que l’innaturel consiste à vou loir moins, et a fortiori , à vouloir plus qu’il se doit. La volonté s’avère en fin de compte indispensable, si ce n’est naturelle, eu égard à la vie. Mais imparable soit- elle, la volonté ne condamne pas pour autant l’homme à toutes ses infortunes, lesquelles trouvent leur véritable racine dans son excès, à savoir dans l’abus que l’homme fait d’elle. Raison pour laquelle Cioran prend position contre Nietzsche, ne voyant qu’une promesse funest e 134 dans le Übermensch , « le dépassement de l’‘homme du devoir’ vers l’‘homme du vouloir’ » (David 2022, 19). Si le pessimisme de Cioran fait qu’il se montre réticent à l’idée de formuler positivement des propositions permettant à l’humanité de ne pas se lamenter sur son sort, il se peut que la clef pour parer la désespérance soit déjà surgie 133 Ne pas oser participe à une oppression artificielle du désir, car oser relève « d’une fausse modalité du désir », D. McCallam, « Les modalités du désir dans Les Liaisons dangereuses ». Dix-huitième siècle , 38(1), p. 607. 134 « Mais il veut déjà trop dans l’état où il est, qu’adviendrait - il de lui s’il accédait au rang de surhomme ? », E. Cioran, O 1995, op.cit ., p. 1158.
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