AGAPES FRANCOPHONES 2025
Theodor PALEOLOGU 15 du pouvoir, c’est tout simplement le fait que la plupart d’entre nous, la majorité écrasante des êtres humains, commencent à dérailler dès qu’ils ont un certain pouvoir. Chacun d’entre nous, je pense, a un certain seuil. Et au-delà de ce seuil, on peut développer des pathologies du pouvoir, plus ou moins graves. Toutes ne sont pas aussi graves les unes que les autres. Le rhume et le cancer, ce sont des pathologies. Il y a des pathologies relativement bénignes et puis il y a des pathologies létales qui conduisent au génocide, aux catastrophes, aux guerres, à des choses épouvantables. Maintenant, pour ce qui est de la description du phénomène, il y a deux voies que j’ai appelées la voie d’Ésope et la voie de Solon. Pourquoi ? Parce qu’on trouve chez Hérodote une anecdote fort célèbre, reprise par Plutarque bien plus tard, selon laquelle Solon est allé visiter le roi Crésus, qui était l’homme le plus riche du monde. Et vous savez très bien que Crésus veut que Solon le flatte. Il lui demande quel est l’homme le p lus heureux de la terre et Solon lui donne des réponses qui ne sont pas tout à fait agréables pour Crésus. Il lui dit en somme : « Je ne peux pas dire que tu es heureux tant que tu es encore en vie ». Et puis le sort de Crésus montre que Solon avait eu raison. Mais ce qui est intéressant comme détail, c’est qu’Ésope était aussi dans les parages. Ésope a été très mécontent du traitement auquel Solon avait été soumis. Et puis avant la rencontre entre Solon et Crésus, Ésope dit à Solon : « Fais attention, avec les rois, il ne faut pas dire la vérité, il faut leur dire ce qui leur plaise ». Et Solon dit : « Mais non, au contraire, aux rois, il faut dire la vérité, il faut leur être utile ». Évidemment, après la rencontre, Ésope peut avoir le sentiment qu’il a eu raison. Il ne fallait pas dire la vérité à quelqu’un qui n’est pas prêt à l’entendre. Cela dit, bien des années plus tard, Crésus se rend compte que Solon avait eu raison. Et non seulement il se rend compte qu’il avait eu raison, mais il transmet ce savoir à son vainqueur, à Cyrus le Grand. Donc, c’est pour cela que je parle des deux voies, la voie de Solon et la voie d’Ésope. La voie de Solon est la voie de la philosophie. C’est la voie du discours direct à la face de ceux qui détiennent le pouvoir. La voie d’Ésope est la voie des artistes, la voie des fables. Et donc, je place Racine dans le sillage d’Ésope. Évidemment, au XVII e siècle, on a également La Fontaine, mais là, on parle de Racine. Et depuis l’Antiquité, la voie royale pour décrire les pathologies du pouvoir, c’est le théâtre, la tragédie. La comédie aussi, parce que la comédie ancienne est éminemment politique. Il n’y a pas meilleure description de la démagogie que dans Les Cavaliers d’Aristophane. Mais il faut rappeler quelque chose d’essentiel, que le théâtre grec, la tragédie grecque, est une institution politique et religieuse.
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