AGAPES FRANCOPHONES 2025
Caio Vinicius RUSSO NOGUEIRA 243 rhizome pour penser la littérature de Cărtărescu. C’est surtout à partir de la différence entre filiation et alliance, comprises comme deux agencements, deux expressions d’une volonté de connexion, que nous pouvons nous approcher un peu plus du problème complexe qui articule la mémoire et la littérature, la littérature et l’invention, l’invention et la mémoire. Et ce n’est pas loin de cet entrecroisement de lignes que la littérature cărtărescienne peut être pensée, comme trois lignes de fuite dont les figur es qu’elles dessinent sont les plus aberrantes, les plus insoupçonnées. Nous espérons que cela apparaîtra clairement à partir du bref commentaire que nous proposerons d’un passage réflexif — l’un des nombreux qui, dans l’œuvre de Cărtărescu, prennent la forme de petits traités hallucinés ou de pages d’un évangile pour une reli gion personnelle — consacré à la mémoire dans l’un de ses plus grands romans, la trilogie Orbitor . Dans ce passage, le contenu métaphysique de l’écriture de Cărtărescu gagne en netteté. Rattachée à la totalité mystique qui coud ensemble les traditions les plus diverses à partir d’une visée univoque, la littérature — le style même de l’écrivain en tant que vision totalisante — présente non seulement les conditions d’une nostalgie du Tout perdu, mais aussi un univers suffisamment architecturé pour que ce Tout puisse s’y insinuer, un cosmos qui n’en est pas moins cosmétique . Cet essai veut donc esquisser, à partir d’un échantillon théorico - spéculatif, quelques aspects que nous estimons essentiels tant pour la poétique que pour l’esthétique de Cărtărescu et, plus largement encore, pour la littérature contemporaine. Si l’œuvre l ittéraire peut être pensée comme une forme de worldmaking , au sens de Goodman (1978), c’est -à-dire comme une manière de concevoir une version du monde à partir de critères sélectifs qui mettent en relief certains éléments et en obscurcissent d’autres, la r éflexion sur ces mondes fictionnels ne l’est pas moins. 1. Quelques aspects de la racine : la volonté de connexion et la filiation À partir de la racine et, par dérivation, de l’enracinement, toute une série de modes d’expression, de concepts, de notions et de pratiques se laisse percevoir, penser, synthétiser et organiser. Être enraciné signifie actualiser le passé, trouver un lien dont le sens se fait sentir dans le présent. À partir de la racine, nous pouvons affirmer la tradition, transmettre la mémoire. Il y a dans la racine donc une lutte contre l’indifférencié, que ce soit par une simple opposition binaire —
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