AGAPES FRANCOPHONES 2025

Caio Vinicius RUSSO NOGUEIRA 245 La figure de la racine renvoie à l’arbre, à la question du verbe « être ». La perception et la lecture des signes qui arrivent, quels qu’ils soient, dans un territoire donné qui les qualifie de telle ou telle manière, relèvent aussi, et surtout, d’une racine. Plus qu’un simple lien de connexion avec le passé, la racine permet la connexion avec la virtualité de ce passé qui accompagne le présent. Et il ne s’agit pas non plus d’une connexion quelconque. La racine qui me transmet un passé est, dans mon propre processus d’enracinement, transmise par moi : la racine existe dans la mesure où les enracinés la transmettent en lignées (Deleuze et Guattari 1980, 114). La transmission des racines se fait par la communication, par le fait qu’il existe un lieu commun quelconque ; le commun est le champ culturel de cette culture qui nous a été transmise et que nous transmettrons nous-mêmes. La constitution de cette volonté de commun de la racine est la filiation (Deleuze et Guattari 1980, 301). Être affilié signifie avoir une ascendance, appartenir à une lignée, laisser une descendance. Il s’agit d’un problème d’imaginaire. À quelle communauté imaginaire appartenons-nous (An derson, 1996) ? D’où venons-nous et où allons-nous ? Quelles sont les connexions imaginatives avec ceux qui nous ont précédés ? Qui sommes-nous ? La volonté de connexion de la racine, la filiation, exige toujours un axe qui demeure au-dessus des transmissions, au-delà des variations. Nous pouvons varier autant que nous le voulons, mais non jusqu’au point de perdre notre lignée, notre filiation. De l’esthétique à la politique, la filiation est un mode de distribution des caractères hérités ou même acquis. C’est un agencement qui confère ainsi un visage assuré, une terre antérieure à partir de laquelle le sujet peut revendiquer ses racines, acquérir de la consistance, se connaître lui- même et connaître le monde. 2. Quelques aspects du rhizome : littérature et alliance Si la racine est l’un des agencements possibles de cette volonté de connexion qui articule une multiplicité donnée, elle n’est pas la seule. Selon Deleuze et Guattari (1980, 9-37), il existe un deuxième mode d’agencement de cette volonté : le rhizome. Ce q ui change, c’est le type d’agencement. La racine est stratégique tandis que le rhizome est tactique procédant par alliances . Si la racine dépend de la filiation pour se transmettre, le rhizome dépend d’une rencontre fortuite qui peut générer un événement. La géométrie du rhizome est assez simple : une multiplicité déterminée sans unité qui la caractériserait, soit n-1 . La différence fondamentale entre la racine et le rhizome est morphologique : la racine est verticale,

RkJQdWJsaXNoZXIy Mjc3NjY=