AGAPES FRANCOPHONES 2025

Caio Vinicius RUSSO NOGUEIRA 247 tension existante entre racine et rhizome, tension qui existe et persiste également dans la littérature. Cette tension entre ces deux modes, au-delà des relations contradictoires entre des notions équivoques comme modernisme et postmodernisme, apparaît de manière remarquable dans l’œuvre d’un écrivain contemporain, maître du maniérisme, des modi : Mircea Cărtărescu (Vancu, 2016). 3. Faire de la racine un délire : la volonté de l’in - commun chez Mircea Cărtărescu Une part considérable de la littérature contemporaine — concept fort douteux, mais non moins utile — naît de cette tension entre racine et rhizome. Contre l’axe de ce que nous pourrions appeler le thématique — la fable, l’histoire ou l’intrigue, en termes rhétoriques l’ inventio — et au niveau de ses éléments articulatoires et structurels ( dispositio ), les éléments expressifs ( elocutio ) s’émancipent : le style y acquiert son autonomie (Rancière 2005, p. 19). Entre description et narration, entre histoire et image, entre racine et rhizome, apparaît la véritable tension entre le commun et l’in -commun. De quelle manière extraire un in-commun du commun ? Comment prendre l’antécédent, le passé, y compris le passé dont nous sommes faits, comme simulacre et non comme modèle ? Comment transformer les racines en rhizome ? Ce sont des questions vitales qui concernent à la fois l’existence et la littérature. Il faut répéter, sans aucun doute, répéter la racine pour pouvoir en faire un rhizome ; répéter non pas la racine elle- même, mais les modes qui se trouvent en elle, encore empêchés, encore bloqués, jamais pleinement actualisés. Bien que nous n’ayons pas l’intention de répondre à toutes les questions soulevées ci -dessus, une part considérable de l’œuvre de Mircea Cărtărescu gravite autour du problème de fond qu’elles mettent en évidence. D’une manière très générale, Cărtărescu est fortement conscient de l’artifice qui entoure le moi, la figure narrative, les personnages comme masques, les faits et l’histoire familiale. Toute mémoire implique ces images, ces modes de présentation qui la reconfigurent. Tout l’œuvre de Cărtărescu pourrait être interrogé en termes de fictionnalisation, de fantasme des racines en voie de devenir rhizomes. Et Orbitor n’y fait pas exception ; au contraire, il marque une tendance généralisée chez l’écrivain, une tendance qui traverse l’ensemble de son œuvre, depuis son premier ouvrage en prose, Nostalgia (Cărtărescu 1993) — dans le cas de Nostalgia , le caractère

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