AGAPES FRANCOPHONES 2025
Délirer la racine, fabuler des rhizomes : le cas Mircea Cărtărescu 248 rhizomatique apparaît clairement dans la composition de l’œuvre, qui oscille entre le roman et le recueil de nouvelles, au sein duquel chaque récit résonne avec les autres, trouvant de manière constante un écho dans les images allégoriques qui apparaissent dans le prologue, mais sous la plume non pas de Cărtărescu, mais de l’écrivain -personnage, figure qui se déploie en Egor et en tant d’autres écrivains qui sont, et en même temps ne sont pas, Cărtăresc u 136 . Dans Orbitor – Aripa stângă [Orbitor – L’aile gauche] , nous sommes introduits aux souvenirs d’enfance incarnés dans des objets aussi divers qu’un dentier, une vieille photo de ses parents sur un pont, des mèches de cheveux de son enfance — époque où ses parents l’habillaient compulsivement en fille — , le nar rateur d’ Orbitor , oscillant entre fantaisie et histoire, cherche ses racines, agence un mode de les sonder, de les rêver, en extrayant d’elles, de ses racines familiales, personnelles et historiques, un rhizome (21). Ensuite, nous allons découvrir l’histoire mythique des ancêtres maternels du narrateur, les Badislav, qui ont failli être anéantis par des morts- vivants et des démons après s’être laissé corrompre par l’opium et avoir commis des actes libidin eux interdits, tels que l’inceste, avant d’être finalement sauvés par une garde d’anges célestes (Cărtărescu 1996, 43-64). Pour le dire rapidement et sans trop de précautions, compte tenu de la grande complexité du roman de Cărtărescu, cet épisode, qui figure comme une monade parfaite parmi les autres monades d’ Orbitor , constitué par un style hyper-descriptif dont la récurrence des similitudes et des détails produit de véritables hypotyposes, est exemplaire pour comprendre la manière dont le passé devient autre, où la filiation se transforme en alliance et le modèle en simulacre: la scène des ancêtres maternels, de l’histoire des Badislav, est plus qu’un simple retour, plus qu’une simple quête des racines. Il y a sans aucun doute une mythification de ces racines, une mythification y compris du moi chez Cărtărescu, comme une critique l’a déjà souligné (David 2020) ; cependant il faudrait savoir dans 136 Il s’agit du passage où l’on trouve la célèbre formule cartaresquienne qui vaut pour l’ensemble de son œuvre : « Dès les premières lignes que tu poses sur la page, dans la main qui tient le stylo s’insinue, comme dans un gant, une main étrangère, moqueuse , et ton image dans le miroir de la page s’enfuit de tous côtés comme le vif-argent, si bien que de ses petites gouttes déformantes se coagulent l’Araignée ou le Ver ou l’Eunuque ou la Licorne ou le Dieu, alors qu’en réalité tu voulais tout simplement parl er de toi. La littérature est une tératologie. » (Cărtărescu 2013, 7 -8).
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