AGAPES FRANCOPHONES 2025

Pratique culturelle et écriture poétique : les mots comme échos des identités culturelles dans Quand s’envolent les grues couronnées de Frédéric Pacéré Titinga et Zakwato d’Azo Vauguy 262 « Le message, l’image n’est pas là ; elle est dans la simple nomination des choses. […] Ce pouvoir du verbe apparaît déjà et, mieux comme j’ai essayé de le montrer ailleurs, dans les langues négro-africaines, ou presque tous les mots sont descriptifs, qu’il s’agisse de phonétique, de morphologie ou de sémantique. Le mot y est plus qu’image, il est image analogique sans même le secours de la métaphore ou de la comparaison. » (1990, 163). Ces mots de Senghor retentissent comme une vérité indéniable. De ce point, Zakwato d’Azo Vauguy se présente comme un creuset de référencements linguistico-ethniques arborant les traits spécifiques d’une villégiature culturelle à travers le continent africain à partir du peuple Bété en Côte d’Ivoire. Partant de la Côte d’Ivoire, son pays natal, le poète promène le lecteur d’un bout à l’autre du continent. À l’instar de ses devanciers négritudiens, Azo Vauguy s’illustre par l’expressivité d’une communion avec la terre natale. Le titre Zakwato est inspiré d’un village bété – Zakwa – auquel le poète ajoute un suffixe « to » qui signifie « à ». Ainsi, « Zakwato » se traduit par : « À Zakwa ». Cette terminologie évoque l’ethnie d’origine ; c’est -à-dire le peuple Bété auquel le poète emprunte certaines expressions, en l’occurrence : « Kanégnon » (Z 21) – belle femme ou jolie femme en bété ; « Zizimanzi » (Z 21) – cri proféré par un agent rythmique pour complimenter une personne en vue de l’encourager dans l’accomplissement de son acte ; « Bagnon » (Z 56) – bel homme ou joli garçon en langue bété. Partant de ce fait, les références de ce groupe ethnique constituent de véritables motifs scripturaux de cette œuvre. Toutefois, d’autres ethnies sont convoquées, à travers des éléments spécifiques, comme pour inciter à consolider l’unité nationale : les « Attoungblans », la « Kora » et le « Cor » (Z 37). L’Attoungblan est un tambour atypique en raison de sa symbolique. Konan Roger Langui le désigne par le terme de « Tam-tam parleur Akan ». (2010, 13). Quant à la Kora et le Cor, ce sont deux instruments identitaires des peuples ayant en partage la pratique de la chasse. À titre d’illustration, le peuple Malinké, habitant principalement les régions du Centre- Ouest et du Nord- Ouest de la Côte d’Ivoire, en fait usage lors de ses parties de chasse. Les adeptes de cette pratique sont les Dozos. Ceux- ci ont coutume d’organiser un rituel initiatique dénommé « Tassi » 139 . 139 Le « Tassi » : un mot koyaka (sous-groupe du Malinké) qui désigne un rituel artistique et musical initiatique des Dozos, chasseurs traditionnels en Afrique de l’Ouest. Art du dire et de la gestuelle, il se veut un moment de démonstration initiatique au cours duquel les Dozos font montre de leur

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