AGAPES FRANCOPHONES 2025
Métou KANÉ 263 Ce rituel malinké a son équivalent chez les Bété : le Didiga. Et la définition que nous en donne Bottey Zadi Zaourou est édifiante : « Le Didiga est un art littéraire et musical pratiqué par la confrérie des chasseurs, en pays bété (Côte d’Ivoire). Il se d éfinit comme un "art de l’impensable" » (2008, 60). Sur la base de cette acception, ces deux instruments renvoient en contexte aux peuples Malinké et Krou. La référence aux « Comians » (Z 48) s’inscrit dans la même dynamique. Elle se veut une allusion à l’animisme, cette croyance négro- africaine préexistante au Christianisme et à Islam. D’ailleurs, une « Komian » est, pour Bottey Zadi Zaourou, une « poétesse animiste en Côte d’Ivoire. Terme agni » (2008, 223) dont la mission est de diriger des rituels d’exorcisme ainsi que suit : « Versez de l’ooooo ! Harristes, Komian , filles et fils du plein pays / Que vos prières s’élèvent à l’unisson et lavent le sang qui souille la Terre d’Éburnie » (2008, 223). Quand s’envolent les grues couronnées et Zakwato révèlent donc une maîtrise culturelle chez Pacéré Titinga et Azo Vauguy. L’écriture poétique adoptée par ces deux poètes leur permet de communiquer au monde la richesse de leur culture. Ils deviennent, pour ainsi dire, des vecteurs d’enrichissement cultu rel. De fait, ces œuvres s’inscrivent dans une perspective humaniste. 3. Du culturel à l’interculturel ; un humanisme assumé Avec Frédéric Titinga Pacéré, le griot est réhabilité dans sa fonction première ; celle qui lui était dévolue depuis l’Afrique des grands Empires. Son tamani sous son aisselle, il parcourait la société et disait son monde. Avec Azo Vauguy, l’incantateur traditionnel Bété refait surface. Le courage est scandé pour amener, dans un contexte tragique de reconquête libertaire, le peuple à repousser les limites du possible. Dans les deux cas de figures, la tradition orale africaine renaît plus que jamais de ses cendres. À cet effet, les propos de Jean-Paul Sartre nous paraissent dignes de rappel : « Le poète se prescrira pour exercice spirituel de se laisser fasciner par les rythmes primitifs, de couler sa poésie dans les formes traditionnelles de la poésie noire. Beaucoup des poèmes ici réunis se nomment des tam- tams, parce qu’ils empruntent aux ta mbourinaires nocturnes un rythme de percussion tantôt sec et régulier, tantôt torrentueux et bondissant. L’acte poétique est alors une danse de science. C’est un « Art de l’inimaginable » pour paraphraser Bottey Zadi Zaourou (2008, 60).
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