AGAPES FRANCOPHONES 2025

Claudiu GHERASIM 281 évoque à la fois Moïse et Mohammed, signalant la tension entre judaïsme et islam qui s’inscrit dans la continuité de sa crise identitaire (Jișa 2018, 125). Ce choix illustre la crise identitaire d’un enfant qui, ne pouvant appartenir ni à la culture d’origine ni à la culture d’adoption, cherche une place impossible dans l’entre -deux. Cette fragmentation, toujours liée à l’impossibilité d’un ancrage unique, se poursuit à travers une série de métamorphoses, chacune marquant une perte supplémentaire de soi. Après « Mo », il devient « Mo la Cicatrice » lorsqu’une balafre sur son visage sce lle son initiation dans le gang : « Dehors, pour tous les garçons sauvages comme moi qui, la nuit, dans leurs songes, rêvent de leurs mamans, je suis Mo la Cicatrice. » (TDLV 42). Il voit sa blessure physique redoubler la cicatrice identitaire, symptôme de son déchirement entre deux origines (Jișa 2018, 125). Plus tard, la violence subie – notamment le viol collectif orchestré par Bruce – le fait basculer dans une folie destructrice : « Mo la Cicatrice » devient « Mo le Fou ». Cette dernière appellation accomplit la prophétie maternelle liée à son hétérochromie et confirme son statut de figure monstrueuse. Même Bruce, chef incontesté du bidonville, le craint : « Mon père m’avertit Ce djinn te regarde, ce djinn t’observe et le mal que tu fais il va te le faire à toi aussi et le bien que tu fais il va te le faire à toi aussi. » (TDLV 87). Ainsi, la transformation en « Mo le Fou » correspond à une réintégration tragique dans les croyances et les peurs locales, qui l’assimile à un être maléfique. La perte de son chien Bosco, seul repère affectif et littéraire, parachève ce processus diabolique. Bosco devient un alter ego spectral, dont le fantôme « entre » en lui lors du combat final : « Bosco est venu près de moi et il est entré en moi […] et je s uis devenu très grand, un grand chien au poil ras et tacheté » (TDLV 164). Álvares (2022b, 80) parle à ce propos d’une « dédomestication » progressive, où Moïse cesse d’être un sujet humain pour se muer en figure hybride, entre l’homme, l’animal et le fant ôme. Ces rebaptêmes successifs – Mo, Mo la Cicatrice, Mo le Fou – marquent la dissolution progressive d’une identité jamais consolidée. Contrairement au Moïse biblique, guide et transmetteur, le Moïse appanahien n’hérite ni n’enseigne rien : il reste prisonnier d’une circularité mortifère, condamné à errer dans un no man’s land sans horizon de salut. L’enfant des eaux se transforme en figure spectrale, condamné à vivre et à mourir dans un espace oxymorique où toute appartenance se dissout dans l’errance. Cette i dentité fragmentée trouve son ultime expression dans l’élément aquatique : l’eau qui, par sa force vivifiante, peut à la fois nourrir les racines et les arracher

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