AGAPES FRANCOPHONES 2025
Abdeslam EL ADLOUNI 291 La trilogie Le Pays des autres de Leïla Slimani, qui comprend La guerre, la guerre, la guerr e 149 (2020), Regardez-nous danse r 150 (2022) et J’emporterai le fe u 151 (2025), s’inscrit dans la tradition des sagas historiques et familiales. L’autrice se place ainsi dans la lignée des écrivains qui recourent à ce genre littéraire pour interroger l’histoire collective à travers un prisme personnel. Plusieurs romanciers contemporains illustrent cette tendance, notamment Dalie Farah dans Impasse Verlaine (2019), Marie Ndiaye dans Trois femmes puissantes (2009) et Annie Ernaux dans Les Années (2008). Ces autrices partagent une volonté commune d’explorer les tensions de classe et de genre, tout en mettant en avant les voix féminines qui traversent et remodèlent l’histoire familiale. Peu étudiée par la critique, la trilogie de Slimani fait l’objet à l’heure actuelle d’un seul article qui se penche sur les deux premiers volumes, et qui analyse la manière dont l’écrivaine revisite l’histoire à travers sa propre mémoire familiale (Hernández et Abadie 2024). La trilogie Le Pays des autres dépeint les transformations majeures qu’a connues le Maroc au cours de trois générations. Slimani recourt à la technique de la narration omnisciente à la troisième personne, en alternant les perspectives des différents protagonistes. Cette technique perme t la mise en place d’une structure riche et complexe, proche de la polyphonie littéraire, où les voix des personnages s’entremêlent et tissent un cadre narratif dense. Elle s’inscrit dans la lignée de la réflexion de Bakhtine (1970) sur la polyphonie, en ce qu’elle permet l’expression d’un discours où chaque personnage est contraint de prendre position. Cette démarche ouvre la voie à des perspectives diversifiées, souvent issues de l’expérience de groupes socialement marginalisés ou aux positions antagonistes, et met en lumière les dynamiques de pouvoir, qu’elles soient de nature coloniale, sociale ou genrée. L’organisation de la trilogie repose sur une progression chronologique linéaire, couvrant plusieurs générations de la famille Belhaj entre les années 1940 et 1990. Cette œuvre se présente comme une fresque qui combine les thèmes de la famille, de la société et de l’histoire, et elle est marquée par la dialectique entre l’enracinement et le déracinement. À travers ce récit, Slimani met en scène des personnages aux profils multiculturels, dont les trajectoires biographiques se déploient à des moments-clés de l’histoire contemporaine du Maroc. 149 Dorénavant désigné à l’aide du sigle GGG, suivi du numéro de la page. 150 Dorénavant désigné à l’aide du sigle RD, suivi du numéro de la page. 151 Dorénavant désigné à l’aide du sigle EF, suivi du numéro de la page.
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