AGAPES FRANCOPHONES 2025

Déterritorialisation et reterritorialisation : des identités rhizomatiques dans la Trilogie Le Pays des autres de Leïla Slimani 292 Omniprésente, la question de l’identité est considérée comme son thème principal. L’autrice y explore la tension entre identité, mémoire et changement social, déployant une dialectique constante entre continuité et rupture, entre enracinement et exil, et proposant ainsi une cartographie mouvante des identités. Pour analyser cette dynamique, l’approche géophilosophique proposée par Deleuze et Guattari dans Mille Plateaux (1980) et Qu’est -ce que la philosophie ? (1991) apparaît particulièrement pertinente. Les concepts de déterritorialisation et de reterritorialisation permettent en effet de saisir les mouvements incessants par lesquels individus et communautés se détachent de repères culturels, spatiaux et symboliques pour en élaborer de nouveaux. Dans Mille Plateaux , Deleuze et Guattari expliquent qu’« [i]l faut penser la déterritorialisation comme une puissance parfaitement positive, qui possède ses degrés et ses seuils (épistrates), et toujours relative, ayant un envers, ayant une complémentarité dans la reterritorialisation. Un organisme déterritorialisé par rapport à l’extérieur se reterritorialise nécessairement sur ses milieux intérieurs » (71). De ce fait, la déterritorialisation désigne le processus par lequel un territoire, qu’il soit physique, identitaire ou culturel, perd sa stabilité, se dissout et se fragmente. Elle ouvre un espace de déracinement, de circulation et de transformations imprévisibles. La reterritorialisation correspond, quant à elle, à l’opération par laquelle de nouvelles configurat ions émergent, redéfinissant les lieux, les affiliations et les formes de subjectivité. Ces deux concepts sont indissociables : toute déterritorialisation appelle, tôt ou tard, à un moment ou à un autre, une tentative de reterritorialisation, même si celle-ci reste provisoire et en perpétuelle mutation. C’est la raison pour laquelle nous avons choisi d’utiliser ces termes plutôt que ceux d’ enracinement et de déracinement . En effet, la métaphore de la racine suppose un sol homogène et fixe, un ancrage naturel et incontestable sans problème, comme si l’identité ou la mémoire provenaient d’un lieu unique et immuable. Or, la géophilosophie deleuzienne et guattarienne ne s’int éresse pas aux racines profondes, mais à la cartographie des surfaces, aux lignes de fuite et aux agencements multiples qui se font et se défont. Elle ne cherche pas à trouver un centre stable, mais à comprendre la manière dont les flux historiques, sociaux et émotionnels modifient et déplacent sans cesse les frontières du territoire et du sujet. Dans cette perspective, la trilogie de Slimani ne raconte pas seulement une histoire d’exil ou de quête d’appartenance, mais elle montre également la création d’espaces hybrides et d’identit és nomades qui sont toujours

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