AGAPES FRANCOPHONES 2025

Abdeslam EL ADLOUNI 293 en devenir. L’objectif de cet article est donc d’examiner comment la fiction peut refléter les transformations identitaires sans recourir à des modèles essentialistes d’enracinement ou de déracinement. Il est donc nécessaire de comprendre comment Leïla Slimani utilise ses personnages et son écriture pour dépeindre des identités en mutation qui s’apparentent davantage à une logique rhizomatique qu’à une logique racinaire, et comment les notions de déterritorialisation et de reterritorialisation nous aident à réfléchir à ces trajectoires individuelles et collectives. 1. Déterritorialisation et reterritorialisation des personnages Leïla Slimani explore ces dynamiques à travers les parcours individuels, les expériences migratoires et les relations intergénérationnelles. Les personnages principaux de la trilogie – le couple Mathilde et Amine, leurs enfants Aïcha et Selim, ainsi que leurs petits-enfants, Inès et Mia, filles de Aïcha – incarnent cette tension. La déterritorialisation se manifeste comme une fragmentation des identités et des repères traditionnels, en particulier au sein de la famille et de la communauté. Les personnages en oscillation constante entre le Maroc et la France, évoluent dans des espaces où l’éloignement des racines originelles engendre une confrontation permanente avec la question de l’appartenance et du déracinement. Parallèlement, la reterritorialisation ouvre la voie à une recomposition des identités. Elle permet d’interroger des enjeux plus vastes, tels que la mémoire, l’héritage colonial et la quête d’un lieu symbolique où se réancrer. À travers les trajectoires de ses personnages, Slimani illustre comment les individus et les communautés reconstruisent des repères après avoir traversé des bouleversements historiques et personnels. Cette double perspective, à la fois intime et collective, offre une réflexion profonde sur les processus de transformation identitaire et sociale dans un monde en mutation. Dans le premier volume, La guerre, la guerre, la guerre nous suivons le parcours de Mathilde, une Alsacienne qui quitte la France après la guerre pour rejoindre son mari, Amine, au Maroc. Elle subit une déterritorialisation à double dimension : l’exil géographique, qui l’éloigne de sa terre natale, et l’intégr ation dans une culture et une société nouvelles, où elle peine à trouver sa place. Ce déracinement apparait clairement dans le passage suivant : « Pâle et épuisée, les yeux fixés sur un paysage auquel elle ne trouvait ni sens ni beauté, Mathilde fut submer gée par la mélancolie. “Faites, se dit -elle, que ce pays ne me soit pas hostile. Ce monde me sera-t-il un jour familier !” »

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