AGAPES FRANCOPHONES 2025
Déterritorialisation et reterritorialisation : des identités rhizomatiques dans la Trilogie Le Pays des autres de Leïla Slimani 294 (GGG, 12). La question que Mathilde se pose, chargée d’incertitude et d’appréhension, révèle son désarroi face à un environnement qui lui demeure étranger et inhospitalier. Comme si le paysage fonctionnait toujours comme un miroir à l’auto -reconnaissance, et tant que le paysage demeure étranger, le sujet qui le contemple ne peut s’affirmer comme un être autonome et enraciné. Mais son identité reste fragmentée, oscillant entre assimilation et marginalisation, entre volonté d’adaptation et résistance. D’un côté, elle fait des efforts pour s’intégrer à la culture marocaine, comme en témoigne sa décision de jeûner pendant le ramadan : « Pour son premier ramadan, Mathilde a décidé de jeûner elle aussi, et son mari l’a remerciée de se conformer à leurs rituels » (GGG, 20). Cette démarche montre sa volonté de respecter les traditions locales et de s’adapter à son nouvel environnement. Cependant, cette intégration n’est pas sans heurts, comme en témoigne son malaise lors de la fête du sacrifice : « Elle a crié sa colère à Amine et l’a répétée après l’Aïd al-Adha, une fête qui a donné lieu à une terrible dispute. La première fois, Mathilde est restée silencieuse, comme pétrifiée à la vue des bouchers avec leurs tabliers couverts de sang » (GGG, 20). Ce choc culturel met en évidence la difficulté de concilier ses origines avec les exigences et les réalités de sa nouvelle vie. Elle cherche à trouver une place qui lui soit propre dans ce territoire, entre compromis et affirmation de son individualité. La tension entre assimilation et résistance illustre ainsi les défis de la reterritorialisation, dans un contexte où les repères culturels et identitaires sont en constante redéfinition. Amine, enraciné au Maroc mais marqué par son expérience militaire en France, incarne pour sa part une forme de déterritorialisation à la fois politique et identitaire. Son service au sein de la puissance coloniale introduit une ambiguïté morale, mise en exergue par le récit : « En public, il prétendait qu’il n’avait pas de problème avec la France puisqu’il avait failli mourir pour elle. Mais dès qu’ils étaient seuls, Amine s’enfermait dans le silence et il ruminait sa honte d’avoir été lâche et de trahir so n peuple » (GGG, 23). La dualité qu’il éprouve le plonge dans un conflit intérieur, tiraillé entre loyauté et culpabilité. De retour au Maroc, il se retrouve pris entre deux cultures, cherchant à se réinsérer dans un territoire social et familial qui lui semble désormais étranger. Il est confronté à des tensions internes et externes : d’un côté, les attentes de la société marocaine, solidement ancrées dans la tradition, et de l’autre, ses propres aspirations à la modernité, façonnées par son expérience en France, comme en témoigne le passage suivant : « […] il lui semblait que sa vie
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