AGAPES FRANCOPHONES 2025

Abdeslam EL ADLOUNI 295 était régie par un mouvement de balancier hystérique. Parfois, il ressentait un besoin violent et cruel de revenir à sa culture, d’aimer de tout cœur son dieu, sa langue et sa terre […] » (GGG 76). Le sentiment d’être déraciné, trop influencé par l’extérie ur pour se sentir pleinement chez lui et trop attaché à ses origines pour les rejeter entièrement, traverse toute son expérience. Face à cette déterritorialisation, Amine tente de se reterritorialiser à travers son exploitation agricole. Il modernise ses terres, adopte de nouvelles techniques et s’efforce de bâtir un domaine prospère, comme pour recréer un ancrage dans un monde en mutation. Son exploitation incarne ainsi le symbole de son attachement à la terre et à son identité marocaine, comme le montre cet extrait : « Plus que jamais il se sent attaché à cette terre. Ses morts y sont enterrés et son propre cadavre, un jour, y pourr ira. Il est d’ici et il ressent pour cette propriété, pour ce pays, un attachement sauvage » (GGG 280). À travers ce lien viscéral à la terre, Amine cherche à réconcilier les fragments de son identité, oscillant entre tradition et modernité, entre déracinement et enracinement. Il n’est pas surprenant que la fille de Mathilde et d’Amine soit elle aussi marquée par cette difficulté identificatoire. Aïcha a grandi dans un environnement traversé, on l’a vu, par des tensions culturelles et identitaires. Née au Maroc, mais éduquée dans la culture française, elle incarne la fragmentation identitaire des générations postcoloniales. Elle ne se reconnaît ni dans la nostalgie de sa mère pour la France, ni dans la rigidité de son père. La métaphore filiale traduit bien ce sentiment d’hybridi té : « Nous, dit-il, nous sommes comme ton arbre, à moitié citron et à moitié orange. Nous ne sommes d’aucun côté » (GGG, 247). Cette image illustre parfaitement son sentiment d’être entre deux mondes qui caractérise son identité, tiraillée entre deux cult ures, sans jamais appartenir pleinement à l’une ou à l’autre. Dans le deuxième volume, Regardez-nous danser , nous suivons le départ d’Aïcha pour la France afin d’y faire des études de médecine, ce qui constitue pour elle une rupture significative. Elle quitte le Maroc, mais ne trouve pas immédiatement en France – son pays d’accueil– un ancrage solide, au contra ire, elle s’y sent invisible : « Dans ces moments- là, il lui semblait qu’elle était invisible et si quelqu’un s’adressait à elle ou même la regardait, elle en était surprise. Elle n’en revenait pas qu’on puisse la voir » (RD, 37). Cette impression de flottement révèle la difficulté de se construire une place dans un nouvel environnement, tout en restant attachée à ses origines.

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