AGAPES FRANCOPHONES 2025

Abdeslam EL ADLOUNI 297 exil devient ainsi une tentative de redéfinition de soi, sans pour autant lui permettre de rompre totalement avec ses origines. Avec l’âge, Selim ressent un désir croissant de renouer avec son passé, comme le met en scène le troisième volume de la trilogie, J’emporterai le feu : « Mais avec l’âge – après tout, il venait d’avoir cinquante ans – , il se surprit à éprouver de la nostalgie, un désir, un peu enfantin sans doute, de renouer avec ses origines. » (EF, 278). Malgré la nostalgie, l’idée d’un retour définitif lui demeure insupportable. Il refuse de se plier aux attentes familiales et préfère maintenir une certaine distance : « Comme j’aurais voulu que mon père dise ça, pensa Selim. Comme j’aurais voulu qu’il soit de ceux qui veulent qu’on s’en sorte plutôt que de ceux qui attendent qu’on revienne » (EF, 276). Ainsi, Selim oscille entre l’exil et la mémoire, tiraillé entre le rej et de son passé et le besoin irrépressible d’y puiser une part de lui-même. Les problématiques identitaires se transmettent d’une génération à l’autre, et les petits -enfants ne sont pas épargnés. Quant à Mia, fille d’Aïcha, sa trajectoire de déterritorialisation et de reterritorialisation, telle que décrite dans le troisième volume, s’articule étroitement autour de son rapport à l’identité et de sa peur de l’effacement. Contrairement à sa mère, Aïcha, qui a pu intégrer progressivement des fragments des deux cultures, Mia redoute que l’adaptation à un nouvel environnement n’entraîne la dilution de son identité d’origine. En France, elle se débat avec un sentiment d’aliénation et craint de perdre son individualité en s’assimilant pleinement, comme le montre le passage suivant : « Elle voulait qu’ils comprennent qu’elle avait un endroit où retourner, mais la vérité, c’est qu’elle avait peur. Peur de changer, de s’oublier, de se trahir. Peur de devenir comme eux, que la Mia qu’elle était avant soit remplacée par quelqu’un d’autre. Elle avait l’intuition que pour s’assimiler, il fallait s e dissoudre, s’effacer, faire table rase du passé » (EF, 187). Cette dynamique de déterritorialisation se retrouve dans son besoin d’affirmer son altérité. Elle insiste sur le fait qu’elle n’est « pas d’ici », cherchant à marquer la différence entre elle et les autres, notamment en évoquant ouvertement ses origines marocaines : « Mia, elle, parlait toujours de la même chose : le Maroc. Dans n’importe quelle conversation, elle réussissait à placer le fait qu’elle n’était pas d’ici. Elle venait d’ailleurs, el le était différente, rien à voir avec les Beurs » (EF, 186). Le processus de reterritorialisation, quant à lui, passe par son adaptation progressive et la manière dont elle reconstruit son identité dans ce nouvel environnement. Cette adaptation est toutefois

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